Orthophonistes libéraux et CMP : ce que change le nouveau financement dérogatoire publié le 21 avril 2026
L'arrêté du 16 avril 2026, publié au Journal officiel du 21 avril 2026 sous le numéro NOR SFHS2610507A, est un texte court mais très attendu : il inscrit officiellement les orthophonistes libéraux dans le dispositif de financement dérogatoire prévu à l'article R. 162-31-8 du Code de la sécurité sociale.
Concrètement : un orthophoniste libéral peut désormais facturer en ville une rééducation prescrite par un centre médico-psychologique (CMP) lorsque le CMP ne peut pas l'assurer en interne — sans convention à signer, sans flou financier. Pas besoin de lire les 2 lignes du JO : voici ce qui change pour toi en clair.
À retenir
- Qui : tous les orthophonistes libéraux conventionnés intervenant pour un patient suivi en CMP
- Quoi : facturation directe en ville en tiers-payant, sans convention CMP-libéral, après demande d'accord préalable (DAP)
- Quand : dispositif en vigueur depuis le 22 avril 2026 (lendemain de la publication JO) — tolérance pour les DAP en cours jusqu'au 30 avril 2026
- Combien : tarification NGAP habituelle de l'orthophoniste libéral, en tiers-payant intégral
- Source officielle : Arrêté du 16 avril 2026, JORFTEXT000053916260
Sommaire
- Le texte : un arrêté de 2 lignes qui change beaucoup
- Ce qui change concrètement pour l'orthophoniste libéral
- Qui prescrit, qui facture, qui paie — le circuit complet
- Le formulaire DAP et les délais à connaître
- Ce que ça veut dire pour ta pratique au quotidien
- Points de vigilance et zones grises
- Et pour les autres auxiliaires médicaux ? Ce qui se profile
1. Le texte : un arrêté de 2 lignes qui change beaucoup
L'arrêté lui-même tient en une phrase opérationnelle. Selon le texte officiel publié sur Légifrance, « les auxiliaires médicaux entrant dans le champ d'application de l'article R. 162-31-8 du code de la sécurité sociale sont les orthophonistes ».
Côté texte, c'est tout. Côté terrain, c'est beaucoup.
Pour comprendre l'enjeu, il faut revenir sur l'article R. 162-31-8 du Code de la sécurité sociale (CSS), tel qu'il existe depuis le décret n° 2025-1390 du 28 décembre 2025. Cet article pose un principe simple : quand un établissement de santé — typiquement un CMP — prescrit des soins ambulatoires à un patient mais ne peut pas les assurer en interne « en raison de leur intensité ou de leur fréquence », ces soins ne sont pas financés par la dotation de l'établissement. Ils basculent vers un mécanisme de prise en charge directe par l'Assurance maladie, sous réserve d'un accord préalable du service médical.
Jusqu'à présent, ce dispositif existait sur le papier mais aucune profession libérale n'y était officiellement rattachée. L'arrêté du 16 avril 2026 fait des orthophonistes la première profession à intégrer concrètement le dispositif. C'est la sortie d'une zone grise qui durait depuis des années.
2. Ce qui change concrètement pour l'orthophoniste libéral
Avant l'arrêté, quand un CMP n'avait pas d'orthophoniste salarié disponible — situation très fréquente — il devait soit faire patienter le patient, soit signer une convention bilatérale avec un orthophoniste libéral pour qu'il intervienne. Conséquence : montages financiers complexes, délais administratifs, et une véritable insécurité juridique pour les libéraux qui acceptaient ces prises en charge.
La FNO (Fédération nationale des orthophonistes) parle d'ailleurs d'« avancée majeure pour la profession et pour les patients, mettant fin à une insécurité juridique et financière ».
Avec l'arrêté du 16 avril 2026, le circuit se simplifie radicalement :
- Plus besoin de convention CMP-libéral à signer en amont
- Facturation directe par l'orthophoniste à l'Assurance maladie via la carte Vitale du patient
- Tiers-payant intégral intégré dans le circuit standard de soins de ville
- Aucune avance de frais demandée au patient
- Le CMP garde son rôle de prescripteur, mais sans avoir à gérer la rémunération du libéral
En clair : tu reçois le patient comme n'importe quel autre patient en ville, tu factures comme d'habitude, tu es payé comme d'habitude. Le seul ajout, c'est la DAP en amont.
3. Qui prescrit, qui facture, qui paie — le circuit complet
C'est sans doute la question qui se posera le plus en cabinet. Voici le circuit pas à pas, basé sur les modalités décrites par Ameli pour les orthophonistes.
| Étape | Acteur | Action |
|---|---|---|
| 1. Prescription | Médecin du CMP | Rédige la prescription médicale justifiant la rééducation orthophonique en libéral |
| 2. DAP | Médecin du CMP | Envoie le Cerfa n°12040*03 accompagné de la prescription au service du contrôle médical de la CPAM |
| 3. Accord | Service médical CPAM | Valide (ou refuse) la DAP — l'accord est tacite si pas de réponse dans le délai |
| 4. Prise en charge | Orthophoniste libéral | Reçoit le patient, réalise le bilan puis la rééducation |
| 5. Facturation | Orthophoniste libéral | Facture en ville, via la Vitale du patient, en tiers-payant intégral |
| 6. Paiement | Assurance maladie | Règle directement l'orthophoniste selon la NGAP en vigueur |
Le mécanisme de « recouvrement directement auprès de l'établissement psychiatrique » mentionné par la FNO est interne à l'Assurance maladie : elle paie le libéral en première intention, puis ajuste les comptes avec le CMP en arrière-plan. Du point de vue du libéral, c'est transparent — l'argent arrive sur ton compte comme pour n'importe quel acte de ville.
Le CMP prescrit, l'Assurance maladie paie, le patient n'avance rien. Plus de convention bilatérale, plus de facture à envoyer au CMP, plus de relance.
4. Le formulaire DAP et les délais à connaître
Le formulaire à utiliser est le Cerfa n°12040*03 — formulaire historique de demande d'accord préalable des soins infirmiers et de masso-kinésithérapie, désormais étendu aux orthophonistes dans le cadre de l'article R. 162-31-8.
Il est rempli et envoyé par le médecin prescripteur du CMP, accompagné de la prescription médicale détaillée. L'orthophoniste libéral n'a pas à remplir lui-même la DAP, mais a tout intérêt à demander une copie au CMP ou au patient avant de débuter la prise en charge — c'est ce document qui sécurise ta facturation.
Délai d'accord : silence vaut acceptation au bout de 15 jours dans le cadre standard de l'accord préalable (article L315-2 CSS). Pas de réponse = tu peux commencer.
Renouvellement : quand une rééducation se prolonge au-delà du nombre de séances initialement autorisées, une nouvelle DAP doit être envoyée par le médecin du CMP — même circuit, même formulaire.
Date limite de tolérance : Ameli accorde une période de tolérance jusqu'au 30 avril 2026 pour les DAP en cours de constitution. Concrètement, si tu as commencé un suivi avec un patient CMP avant cette date sans DAP formellement déposée, tu peux régulariser sans pénalité. Au-delà, la DAP devient un préalable strict — sans elle, l'Assurance maladie peut refuser le paiement.
Pas de panique sur l'urgence du calendrier : le dispositif lui-même est pérenne. La date du 30 avril 2026 concerne uniquement la régularisation des dossiers anciens, pas la fin du dispositif.
5. Ce que ça veut dire pour ta pratique au quotidien
Côté terrain, plusieurs implications très concrètes :
Pour ta file active : tu peux désormais accepter sans hésitation les patients orientés par un CMP. Le sujet « est-ce que je vais être payé ? » disparaît. C'est une vraie opportunité, surtout dans les zones où les CMP sont saturés (Île-de-France, grandes métropoles, mais aussi territoires ruraux sous-dotés).
Pour ton activité : la pédopsychiatrie publique manque structurellement de moyens. Une partie des patients suivis en CMP — adultes comme enfants — a besoin d'une rééducation orthophonique que le CMP ne peut pas fournir (manque de personnel, listes d'attente de 6 à 18 mois). Tu deviens un acteur direct de cette continuité de soins, avec une rémunération sécurisée et un cadre juridique clair.
Pour ta facturation : rien ne change dans la mécanique. Tarifs NGAP habituels, télétransmission classique, tiers-payant. La seule chose à vérifier avant de débuter : que la DAP est bien acceptée (ou que les 15 jours sont écoulés sans réponse).
Pour tes obligations de formation : rien ne change non plus côté DPC ou Qualiopi. Tu restes orthophoniste libéral, soumis aux mêmes obligations. C'est même un argument supplémentaire pour te former aux troubles neurodéveloppementaux et aux troubles du langage de l'adulte, qui constituent une part importante des prescriptions CMP — voir notre catalogue de formations pour orthophonistes.
Une question simple à te poser : « as-tu un CMP référent dans ta zone d'exercice ? » Si oui, l'arrêté du 16 avril te donne une vraie raison de te rapprocher d'eux pour fluidifier les orientations.
6. Points de vigilance et zones grises
Trois points méritent d'être surveillés.
Premier point : la DAP doit absolument être présente avant le début des soins. L'arrêté ne supprime PAS l'obligation d'accord préalable du contrôle médical — il l'organise. Si tu commences une rééducation sans DAP validée (ou sans avoir vérifié l'écoulement du délai de 15 jours), tu prends un risque sur la facturation. Demande systématiquement une copie de la DAP au CMP ou au patient avant la première séance facturée.
Deuxième point : les actes hors NGAP restent exclus. L'article R. 162-31-8 ne couvre que les actes inscrits à la nomenclature. Si une rééducation expérimentale ou un bilan spécifique sort du cadre NGAP, le mécanisme dérogatoire ne s'applique pas — il faudra revenir à une convention bilatérale CMP-libéral ou à un autre dispositif.
Troisième point — zone grise à surveiller : l'articulation avec les autres dispositifs. Que se passe-t-il si un patient est suivi en CMP et bénéficie déjà d'un parcours coordonné de soins (par exemple via une plateforme TND, un dispositif Cités du soin, ou un protocole pluriprofessionnel) ? L'arrêté ne tranche pas explicitement. Dans le doute, rapproche-toi du service médical de ta CPAM pour vérifier la compatibilité avant de t'engager sur des prises en charge complexes.
7. Et pour les autres auxiliaires médicaux ? Ce qui se profile
L'arrêté du 16 avril 2026 ne concerne, à ce jour, que les orthophonistes. Mais le mécanisme prévu à l'article R. 162-31-8 a vocation à être progressivement étendu à d'autres professions, comme l'a confirmé L'Officiel des Métiers dans son décryptage du dispositif.
Sont attendus dans les prochains mois :
- Masseurs-kinésithérapeutes libéraux — particulièrement pour les soins de rééducation prescrits par des structures de psychiatrie ou de SSR
- Infirmiers libéraux (IDEL) — pour les soins infirmiers réguliers prescrits par un CMP ou un HAD
- Psychomotriciens — sous réserve d'une évolution conventionnelle (la profession n'est pas conventionnée nationalement aujourd'hui)
Côté texte, chaque profession nécessitera son propre arrêté ministériel désignant son intégration dans le périmètre. Côté terrain, c'est une logique de fond qui se dessine : simplifier l'articulation public-libéral pour fluidifier les parcours patients dans une psychiatrie publique sous pression.
À surveiller donc dans les prochains mois — j'écrirai un décryptage dès que le prochain arrêté tombera.
Questions fréquentes — orthophoniste & CMP 2026
Qui est concerné par l'arrêté du 16 avril 2026 ?
Tous les orthophonistes libéraux conventionnés qui prennent en charge un patient suivi en CMP (centre médico-psychologique) lorsque le CMP ne peut pas assurer lui-même la rééducation orthophonique en interne.
Qui prescrit, qui facture, qui paie ?
Le médecin du CMP prescrit et envoie la demande d'accord préalable (DAP) au service médical de l'Assurance maladie. Une fois la DAP acceptée, l'orthophoniste libéral facture directement à l'Assurance maladie via la carte Vitale du patient, en tiers-payant. Plus de convention CMP-libéral à signer.
Quel formulaire DAP utiliser ?
Le Cerfa n°12040*03 (demande d'accord préalable de soins infirmiers et de masso-kinésithérapie, étendu aux orthophonistes dans ce cadre), accompagné de la prescription médicale du CMP justifiant l'intervention en libéral.
Quelle est la date limite ?
La période de tolérance court jusqu'au 30 avril 2026 pour les DAP en cours de constitution. Au-delà, le dispositif dérogatoire reste en vigueur de manière pérenne grâce à l'article 21 bis B de la LFSS 2026.
Les autres auxiliaires médicaux (kinés, IDE, psychomotriciens) sont-ils concernés ?
Pas encore. L'arrêté du 16 avril 2026 vise explicitement et uniquement les orthophonistes. D'autres arrêtés sont attendus pour étendre le dispositif à d'autres professions — c'est une zone à surveiller en 2026-2027.
Pour aller plus loin — sources officielles
- Arrêté du 16 avril 2026 (JORFTEXT000053916260) — texte officiel
- Article R. 162-31-8 du Code de la sécurité sociale — cadre juridique du financement dérogatoire
- Communiqué FNO sur le PLFSS 2026 — position syndicale
- Page Ameli orthophoniste — dérogation CMP — modalités pratiques officielles
Une situation particulière dans ton cabinet ? Un CMP avec lequel le circuit ne marche pas comme décrit ici ? Dis-le-moi en commentaire — je creuse la question pour le prochain article.
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