Recherche neuropsy · Noé 9 min de lecture

PISA 2025 : ce qu'une baisse de score dit, et ne dit pas, d'un adolescent en échec scolaire

Le 8 septembre 2026, l'OCDE a publié les résultats de PISA 2025. En France, 36 % des élèves de 15 ans sont peu performants en mathématiques, la compréhension de l'écrit recule à 456 points, et plus d'un quart des élèves déclarent des camarades distraits par un appareil numérique pendant la plupart des cours de sciences. Ces chiffres décrivent une population de 768 200 adolescents, pas un patient.

Or un adolescent qui échoue à l'école finit un jour par arriver dans un cabinet de soin. La question qui se pose alors n'est pas celle que mesure PISA : difficulté scolaire ordinaire, partagée par toute une génération, ou trouble des apprentissages, trouble de l'attention, distraction chronique jamais nommée ?

Ce qu'on savait avant PISA 2025

La baisse des scores PISA n'est pas une nouveauté du 8 septembre : amorcée depuis 2015, elle confirme une tendance déjà connue plutôt qu'elle ne la révèle. Ce qui était déjà établi, c'est que les troubles des apprentissages et de l'attention touchent une part significative et stable des adolescents, indépendamment des fluctuations du niveau scolaire moyen d'un pays. Une revue systématique PRISMA de 2022 situe la prévalence du TDAH entre 5 et 11 % des moins de 18 ans, et celle du trouble spécifique des apprentissages entre 3 et 10 %, avec un constat constant : ces troubles sont chroniques, hétérogènes et sous-diagnostiqués, la comorbidité entre plusieurs troubles neurodéveloppementaux étant la norme (Francés et al., 2022, DOI 10.1186/s13034-022-00462-1). Autrement dit, avant même PISA 2025, la littérature dit qu'une part substantielle des adolescents en difficulté porte un trouble non repéré. PISA mesure autre chose : la performance moyenne d'une population, comparée dans le temps et entre pays.

Ce que PISA 2025 montre vraiment

Côté méthodo. PISA teste les compétences de lecture, mathématiques et sciences de jeunes de 15 ans, dans 91 pays, sur un échantillon construit pour des comparaisons internationales et temporelles. En France, 6 501 élèves de 289 établissements ont passé l'épreuve en 2025, représentant environ 768 200 adolescents. Ce n'est ni un outil diagnostique ni un dépistage individuel : une enquête transversale, une photographie à un instant donné, qui ne suit pas les mêmes élèves dans le temps.

Côté résultats. Les scores 2025 sont parmi les plus bas jamais mesurés par PISA en France, et significativement inférieurs à ceux de 2015. Entre 2022 et 2025, les résultats ont reculé en mathématiques et en lecture, et sont restés stables en sciences (483 points, proche de la moyenne OCDE). La part d'élèves peu performants a augmenté depuis 2015 : +12 points en mathématiques, +11 en lecture, +4 en sciences. En mathématiques, 64 % des élèves atteignent en 2025 au moins le niveau 2 de compétence, donc 36 % n'y parviennent pas, contre environ 24 % dix ans plus tôt. Les très bons résultats reculent aussi : 5 % des élèves français atteignent le meilleur niveau en mathématiques (8 % OCDE) et 5 % en lecture (6 % OCDE).

L'écart social se creuse : en sciences, les élèves favorisés devancent les défavorisés de 100 points, contre 85 en moyenne OCDE. Côté numérique, 37 % des élèves français utilisent un chatbot IA au moins une fois par semaine pour apprendre (46 % OCDE), et 26 % rapportent des camarades distraits par un appareil numérique pendant la plupart des cours de sciences (28 % OCDE) : les élèves distraits obtiennent un score inférieur de 24 points en France (11 points en moyenne OCDE). Enfin, à l'échelle internationale, les cas de « lecture précipitée », vite mais inexacte, ont presque doublé depuis 2018, à 9 % en 2025.

Côté limites. PISA compare des cohortes différentes à des moments différents, sans suivre les mêmes adolescents dans le temps. L'écart associé à la distraction numérique, comme le lien chatbot-performance, reste une association mesurée à un instant T, pas une preuve de causalité. L'OCDE le souligne elle-même pour l'IA : les élèves qui l'utilisent pour résumer un texte obtiennent des scores plus bas, mais rien ne dit si l'usage a fait baisser leur niveau, ou si ce sont les élèves déjà en difficulté qui s'appuient davantage sur l'outil. PISA ne recueille aucune donnée diagnostique individuelle.

En clair. Un score PISA n'est pas une note d'examen individuelle, mais une moyenne calculée sur un échantillon national, construite pour comparer des populations, pas des personnes. Une baisse de quelques points au niveau national ne veut pas dire qu'un enfant précis a moins bien travaillé, ni qu'il porte un trouble : la distribution des résultats, dans son ensemble, s'est déplacée. Un bilan neuropsychologique, à l'inverse, mesure un individu, avec des normes construites pour repérer un écart significatif chez cette personne précise.

Ce que PISA 2025 ne dit pas

Ce que la littérature ajoute sur écrans, attention et lecture

Usage du smartphone et performance académique. Une méta-analyse de 2024 (29 études, 48 490 participants) retrouve une association négative entre usage problématique du smartphone et réussite académique, taille d'effet faible (r = -0,110), plus marquée en primaire et au collège (Paterna et al., 2024, DOI 10.1556/2006.2024.00014). Une seconde méta-analyse de 2025 (63 études, 124 166 élèves, 28 pays) confirme une association négative faible et significative entre smartphone, réseaux sociaux, jeux vidéo et performance scolaire (r = -0,085) (Kuş, 2025, DOI 10.3389/fpsyg.2025.1524645). L'effet est réel mais petit, et aucune des deux méta-analyses ne permet de conclure à une causalité.

Attention, comportement et échec scolaire. Une étude sur 7 036 élèves espagnols de 5 à 17 ans (2022) retrouve que les problèmes d'attention et les comportements de type délinquant restent associés à un risque accru d'échec scolaire, même après ajustement sur les autres symptômes psychiatriques et le contexte (Pagerols et al., 2022, DOI 10.1038/s41598-022-08242-9). Étude observationnelle transversale : une association robuste, pas un mécanisme.

Prévalence et sous-diagnostic. La revue systématique de Francés et al. (2022) situe la prévalence du TDAH entre 5 et 11 % et celle du trouble spécifique des apprentissages entre 3 et 10 % chez les moins de 18 ans, en insistant sur le sous-diagnostic, en particulier quand l'expression clinique est atypique ou masquée par une bonne adaptation apparente. Ces trois références convergent : une part significative des adolescents en difficulté porte un trouble non identifié, et l'exposition aux écrans est associée, modestement, à une performance plus faible, sans qu'on puisse dire dans quel sens va la flèche causale.

Ce que ça change concrètement au cabinet face à un échec scolaire

Repérer. Une baisse de niveau partagée par toute une classe d'âge n'est pas un signal clinique. Ce qui doit faire évoquer un trouble sous-jacent, c'est un écart individuel, durable et circonscrit : échec spécifique en lecture ou en calcul alors que le reste va bien, décalage marqué avec les pairs malgré un enseignement comparable, échec qui persiste malgré un effort soutenu, ou antécédents familiaux.

Orienter, sans attendre. Avant tout bilan cognitif, éliminer un déficit sensoriel : vision et audition. Ensuite, selon le tableau clinique. Le neuropsychologue pour le bilan cognitif : efficience intellectuelle, attention, mémoire de travail, fonctions exécutives. L'orthophoniste pour le langage oral et écrit, et pour la cognition mathématique — à ne pas oublier quand c'est en mathématiques que le score décroche. L'orthoptiste pour l'oculomotricité et le bilan neurovisuel. L'ergothérapeute pour le retentissement fonctionnel : graphisme, autonomie dans les activités scolaires, aides techniques et outils de compensation. Le psychomotricien pour le tonus, les coordinations et l'organisation spatio-temporelle. Le psychologue pour la souffrance psychique, fréquente dans l'échec scolaire à l'adolescence, et qui en est parfois la cause plutôt que la conséquence. Le médecin enfin — traitant, scolaire, pédiatre ou pédopsychiatre — pour coordonner et poser le diagnostic : un trouble du neurodéveloppement se diagnostique par un médecin, le bilan neuropsychologique l'étaye, il ne le remplace pas. Aucun de ces bilans ne se déduit d'un score PISA : ils se construisent sur l'histoire propre à l'adolescent.

Objectiver l'usage des écrans avant de l'incriminer. Les tailles d'effet retrouvées sont faibles (r autour de -0,09 à -0,11) : les écrans ne sont ni l'unique cause de l'échec scolaire, ni un facteur négligeable. Le geste utile est de documenter l'usage réel (durée, moment, contexte scolaire ou récréatif) plutôt que de formuler un jugement global.

Ne pas sur-diagnostiquer. Une baisse de résultat scolaire, seule, n'est pas un critère diagnostique de TDAH ni de trouble des apprentissages. Les critères restent ceux des classifications en vigueur, avec bilan complet et exclusion d'autres causes (anxiété, sommeil, contexte familial). Un contexte national de baisse de niveau ne doit ni relever ni abaisser artificiellement le seuil de vigilance diagnostique.

En pratique, au cabinet

Trois gestes à retenir : ne jamais déduire un trouble individuel d'une statistique de population, documenter l'usage des écrans avant de l'incriminer, et orienter vers un bilan pluridisciplinaire dès qu'un échec scolaire est circonscrit, durable et disproportionné, plutôt que d'attendre ou de rassurer par défaut.

Questions fréquentes

Un score PISA en baisse veut-il dire que mon patient adolescent a un trouble des apprentissages ?

Non. PISA mesure une population, pas une personne. La décision clinique se construit sur l'histoire individuelle du patient, jamais sur une statistique nationale.

Faut-il interdire les écrans à un adolescent en échec scolaire ?

Rien dans la littérature citée ne soutient une interdiction : les associations retrouvées sont faibles et corrélationnelles. Le geste utile est d'objectiver l'usage réel, pas de le diaboliser.

Quel est le lien entre PISA 2025 et le TDAH ?

Aucun lien direct : PISA ne mesure aucun trouble. Le lien est indirect, via une littérature indépendante sur la prévalence et le sous-diagnostic du TDAH, antérieure à cette publication.

Que faudrait-il pour que le lien écrans-attention passe en recommandation clinique ?

Des études longitudinales, si possible expérimentales, capables de distinguer cause et conséquence, ce que ni PISA ni les méta-analyses corrélationnelles actuelles ne permettent de trancher.


Une étude que tu as croisée et que tu veux décryptée le mois prochain ?

Dis-le-moi en commentaire — je vais voir si c'est solide. Une étude par mois, lue à la source et traduite pour la pratique, directement dans ta boîte.

S'abonner Tout le blog neuropsy

À lire aussi