Veille réglementaire · Léo 9 min de lecture Elise de MonRFS · avec Léo, agent veille juridique

Loi n° 2026-668 : prévention cardio-neuro-vasculaire, ce qui change pour les kinés, infirmiers et pharmaciens

La loi n° 2026-668 du 27 juillet 2026 dote la France d'une stratégie nationale de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires. Publiée au Journal officiel (JO) le 28 juillet 2026, elle fait bien plus que poser un cadre : elle inscrit noir sur blanc dans le code de la santé publique que le masseur-kinésithérapeute est autorisé à mesurer la pression artérielle.

Pas de panique : ce n'est pas une nouvelle obligation, c'est une compétence qui s'ouvre. Voici ce qui change, profession par profession.


Rappel : avant la loi, le kiné ne pouvait prendre la tension qu'en rééducation prescrite

Contrairement à ce qu'on lit parfois, le kiné n'était pas dans le vide juridique. L'article R. 4321-9 du code de la santé publique (CSP) l'habilite depuis longtemps « à prendre la pression artérielle et les pulsations », mais avec une condition nette : dans le cadre des traitements prescrits par le médecin et au cours de la rééducation entreprise. C'est aussi la lecture de l'Ordre des masseurs-kinésithérapeutes.

Côté terrain, la base légale existait donc bel et bien, elle était seulement plus étroite. Le vide portait sur la mesure hors prescription et hors rééducation, en prévention primaire : le kiné qui prenait la tension d'un patient venu pour une lombalgie, dans une simple démarche de repérage, sortait du cadre de R. 4321-9 et s'exposait au reproche d'exercice illégal de la médecine, l'article L. 4161-1 CSP, qui liste les professionnels échappant à cette qualification, ne le visait pas pour cet acte.

C'est précisément cette zone-là que le texte du 27 juillet vient sécuriser.

Ce qui change : la mesure de la tension entre dans le code de la santé publique

Côté texte, la loi modifie trois codes : le code de la santé publique (articles 1 et 2), le code du travail (article 3) et le code de l'éducation (article 4). Voici ce qui touche directement l'exercice libéral.

Calendrier de la loi n° 2026-668

ÉtapeDate
Adoption définitive (Assemblée nationale)20 juillet 2026
Promulgation27 juillet 2026
Publication au JO28 juillet 2026 (JORF n° 0174, texte n° 2)
Rectificatif au JO1er août 2026 (JORF n° 0178)
Rapport d'évaluation au Parlementdans les 3 ans suivant la promulgation

La loi ne comporte aucun article fixant une entrée en vigueur différée. Le rectificatif du 1er août ne modifie pas le fond : il corrige une référence croisée à l'article 2 et complète les travaux préparatoires.

Professions concernées : qui peut agir tout de suite, qui doit attendre un décret

ProfessionCe que le texte ouvre
Masseur-kinésithérapeuteMesure de la pression artérielle en prévention cardio-neuro-vasculaire, applicable, aucun décret requis
InfirmierConsultations infirmières, prescriptions de produits de santé et d'examens, décret en Conseil d'État attendu
Pharmacien d'officineMesure de la pression artérielle en prévention, décret en Conseil d'État attendu (chapeau du 9° de l'art. L. 5125-1-1 A CSP)
Médecin du travailSensibilisation aux facteurs de risque et dépistage précoce proposé lors de la visite de mi-carrière (art. L. 4624-2-2 du code du travail)
Sage-femme, pharmacien biologiste, conseiller en génétique, physicien médical, assistant médical, auxiliaire médical en pratique avancéeConfirmation expresse dans la liste des exceptions de l'article L. 4161-1 CSP

Ce que ça change pour vous, profession par profession

Si vous êtes kiné libéral. Vous pouvez mesurer la tension d'un patient dans une démarche de prévention, sans risque de requalification en exercice illégal de la médecine. En clair : votre bilan initial peut intégrer ce paramètre, et votre orientation vers le médecin traitant s'appuie désormais sur une base légale nette. Attention toutefois : la loi autorise, elle ne rémunère pas.

Si vous êtes infirmier libéral. Le texte consolide la consultation infirmière dans la loi, mais le décret en Conseil d'État qui en fixe les conditions n'est pas encore paru. C'est lui qu'il faudra lire.

Si vous êtes pharmacien d'officine. La mesure de la pression artérielle entre bien dans vos missions, mais elle relève du 9° de l'article L. 5125-1-1 A CSP, dont le chapeau renvoie à un décret en Conseil d'État. En clair : la loi ouvre la porte, le décret la rend franchissable, et il n'était pas paru au 4 août 2026.

Si vous exercez en CPTS ou en santé au travail. L'article 3 ouvre les actions de sensibilisation aux partenariats : communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), associations de prévention agréées, mutuelles, ou étudiants en santé au titre du service sanitaire. Le même article 3 insère aussi un 4° au I de l'article L. 4624-2-2 du code du travail. Il vise la visite médicale de mi-carrière, organisée par accord de branche ou, à défaut, l'année des 45 ans du salarié. Lors de cette visite, le travailleur est sensibilisé aux facteurs de risque cardio-neuro-vasculaires, et « un dépistage précoce des maladies cardio-neuro-vasculaires et des maladies cardiaques structurelles est proposé au travailleur lors de cet examen ».

Points de vigilance

Faut-il pour autant changer votre pratique dès demain ? Non, mais il faut savoir que le cadre a bougé en votre faveur.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes, loi n° 2026-668

Suis-je concerné si je suis masseur-kinésithérapeute libéral ?

Oui. L'article L. 4321-1 CSP, modifié par l'article 2 de la loi, vise le masseur-kinésithérapeute sans distinction de mode d'exercice.

À quelle date puis-je commencer à mesurer la pression artérielle ?

La loi a été publiée au JO le 28 juillet 2026 et ne prévoit pas d'entrée en vigueur différée pour cette disposition.

Puis-je facturer cette mesure à l'Assurance maladie ?

Non, pas en l'état. La loi autorise, elle ne rémunère pas : elle ne crée ni acte coté ni tarif. Le Moniteur des pharmacies notait le 21 juillet 2026, après la commission mixte paritaire, que « le texte reste silencieux sur un point essentiel : le financement de cette nouvelle mission », renvoyée aux négociations conventionnelles. Au 4 août 2026, aucun avenant ni arrêté tarifaire n'est paru.

Que se passe-t-il si je prenais déjà la tension avant ce texte ?

Si c'était dans le cadre d'un traitement prescrit et d'une rééducation en cours, vous étiez déjà couvert par l'article R. 4321-9 CSP. La loi élargit ce cadre à la prévention et le sécurise en inscrivant le kiné dans les exceptions de l'article L. 4161-1 CSP relatif à l'exercice illégal de la médecine.


Outillez-vous avant que le financement suive

La loi ouvre la compétence, le financement viendra plus tard. Le catalogue des formations Qualiopi en prévention cardio-vasculaire est là dès maintenant.

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