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Recherche neuropsy · Noé 12 min de lecture Elise de MonRFS · avec Noé, agent neuropsychologie

TDAH de l'enfant : ce que deux études de 2026 apportent au bilan attentionnel

Le bilan attentionnel d'un enfant adressé pour suspicion de TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) mesure surtout des moyennes : temps de réaction, nombre d'erreurs, omissions. Deux études publiées en 2026 invitent à regarder aussi la variabilité des réponses, et à replacer les outils de classement, comme les questionnaires TDAH utilisés en France, à leur juste place : une aide à l'orientation, jamais un diagnostic. Ni l'une ni l'autre ne suffit à changer une pratique demain matin. Ensemble, elles éclairent deux questions fréquentes devant un profil attentionnel ambigu : quels indices lire, et quelle place donner aux scores.

Ce qu'on savait : un diagnostic clinique, des tests qui n'éliminent rien

En France, le cadre est posé par la recommandation de bonne pratique de la HAS sur le TDAH de l'enfant et de l'adolescent, validée le 18 juillet 2024 et mise en ligne le 23 septembre 2024. Elle est nette sur trois points.

Le diagnostic est clinique. « Le diagnostic de TDAH est clinique, il n'existe pas, en l'état des connaissances actuelles, d'examen complémentaire ou de biomarqueur permettant de confirmer ou d'infirmer le diagnostic de TDAH » (recommandations, § 2.4). C'est un acte médical, qui s'appuie sur plusieurs consultations et sur des informations recueillies dans plusieurs milieux de vie : famille, école, activités extrascolaires.

Le bilan neuropsychologique éclaire, il ne tranche pas. Selon la HAS, il n'est « pas un examen nécessaire » pour poser le diagnostic. Il est en revanche recommandé en présence de plusieurs troubles associés, d'une suspicion de trouble du développement intellectuel ou de symptômes sévères, pour établir le plan de soin (§ 2.4.7). Et surtout : « un test avec des résultats dans les zones de normalité n'élimine pas le diagnostic de TDAH ».

Les échelles guident, elles ne diagnostiquent pas. La HAS cite l'ADHD-RS, le SNAP-IV et les échelles de Conners comme outils d'aide (§ 2.4.8). Son argumentaire précise qu'« aucun outil ou échelle ne permet à lui seul de faire le diagnostic de TDAH » (§ 2.6.1). Il ajoute que les tests neuropsychologiques du fonctionnement exécutif, comme le CPT (Continuous Performance Test, tâche informatisée de performance continue), « ne peuvent donc pas être recommandés pour diagnostiquer le TDAH » (§ 2.6.4).

Côté recherche, un constat revient depuis longtemps : les personnes avec TDAH répondent de façon plus irrégulière que leurs pairs. Leurs temps de réponse varient davantage (méta-analyse de Kofler et al., 2013, citée par Machida et Johnson). Une hypothèse classique attribue cette irrégularité à des réponses occasionnellement très lentes, liées à une baisse de l'éveil. C'est précisément cette hypothèse que teste la première étude.

Ce que les études montrent vraiment

Étude 1 : une tâche peu stimulante pour mesurer l'attention soutenue

Côté méthodo. Machida et Johnson (2026, Child Neuropsychology), de l'université de Melbourne, ont conçu une nouvelle tâche, la Disappearance Detection Task (DDT). Elle est volontairement peu stimulante (à faible niveau d'éveil) et demande à l'enfant d'attendre. Ils l'ont comparée à une tâche de référence, la SART (Sustained Attention to Response Task) : l'enfant répond à chaque chiffre présenté, sauf à un chiffre cible rare, devant lequel il doit retenir sa réponse (Robertson et al., 1997).

Dans la DDT, des chiffres de 1 à 4 restent affichés 4, 5 ou 6 secondes, puis l'un d'eux disparaît. L'enfant doit répondre, sauf si le chiffre disparu est le 3. La tâche compte 96 essais, dont un quart où il faut retenir sa réponse.

L'étude a recruté 28 enfants et 49 adolescents. Les enfants avaient de 9 à 12 ans, les adolescents de 15 à 18 ans. Parmi les 49 adolescents recrutés, 43 étaient des étudiants en psychologie, qui ont eux-mêmes évalué leurs symptômes. Après exclusions, 72 participants ont été analysés : 25 enfants et 47 adolescents. L'approche est dimensionnelle : aucun participant n'avait de diagnostic clinique de TDAH, et les auteurs mettent en relation la performance avec le niveau de symptômes. Le texte intégral est en libre accès.

Côté résultats.

Les auteurs concluent que les mesures de variabilité sont « plus constamment associées aux symptômes de TDAH que les autres mesures de temps de réponse ». Pour eux, la DDT est une tâche sensible d'attention soutenue et d'inhibition de la réponse, « en particulier chez les enfants ».

En clair : SDRT, sigma et tau.

L'écart-type des temps de réponse (SDRT) mesure leur dispersion globale. Le modèle dit ex-gaussien décrit la distribution en deux composantes : une composante normale, avec sa moyenne (mu) et sa dispersion (sigma), et une traîne exponentielle (tau), qui reflète les réponses très lentes. Que les symptômes soient liés à tau et pas à sigma va dans le sens de l'hypothèse : ce ne sont pas toutes les réponses qui flottent, ce sont quelques réponses très lentes qui décrochent.

Côté limites.

Étude 2 : une batterie multidomaine face au SNAP-IV

Côté méthodo. Johnstone et al. (2026, Research in Developmental Disabilities) ont comparé deux approches chez 46 enfants avec un TDAH de présentation combinée et 138 enfants au développement typique.

Les auteurs ont testé chaque outil seul, puis leur combinaison, par analyse discriminante et courbes ROC.

Côté résultats.

ModèleExactitudeSensibilitéSpécificitéAUC
SNAP-IV seul97,8 %91,3 %100 %0,990
NCAT + SNAP-IV95,1 %87,0 %97,8 %0,993
NCAT seul88,0 %78,3 %91,3 %0,966

Le résultat le plus frappant tient en une ligne : le SNAP-IV seul obtient la meilleure exactitude. La combinaison améliore surtout la batterie seule. Les auteurs le reconnaissent, en rappelant que le SNAP-IV repose sur des évaluations subjectives, exposées à des biais. Leur intérêt pour le NCAT tient à sa spécificité et à son caractère plus objectif.

Ils positionnent ces outils comme une aide au dépistage et à la décision d'orientation vers une évaluation spécialisée complète, pas comme un outil diagnostique. Ils concluent : « une validation externe dans des populations cliniques diversifiées, y compris avec des diagnostics associés, est nécessaire ».

En clair : exactitude, sensibilité, spécificité.

L'exactitude est la part d'enfants bien classés. La sensibilité est la part des enfants avec TDAH correctement repérés : avec 78,3 %, le NCAT seul laisse passer environ un enfant TDAH sur cinq. La spécificité est la part des enfants sans TDAH correctement écartés. L'AUC (aire sous la courbe ROC) résume en un seul nombre, de 0,5 (hasard) à 1 (séparation parfaite), la capacité d'un outil à séparer les deux groupes, tous seuils confondus.

Côté limites.

Conflits d'intérêts. Pour l'étude 1, les auteurs ne déclarent aucun conflit d'intérêts. Pour l'étude 2, aussi en libre accès, les auteurs déclarent n'avoir aucun intérêt financier ni relation personnelle susceptible d'avoir influencé le travail (déclaration reprise dans la notice PubMed 42497809).

Ce que ça change concrètement dans ta pratique

Pour le bilan. Si ton logiciel de tests attentionnels fournit l'écart-type des temps de réponse, relève-le et commente-le, au même titre que la moyenne et les erreurs. La première étude suggère que les mesures de variabilité (écart-type et tau) sont plus constamment liées aux symptômes que les autres mesures de temps de réponse. Une moyenne normale avec une forte variabilité ne raconte pas la même histoire qu'un profil homogène. Mais cette variabilité n'est pas spécifique du TDAH : la méta-analyse de Kofler et al. (2013) la retrouve aussi dans d'autres troubles cliniques. Elle oriente l'analyse, elle ne départage pas un TDAH d'un autre diagnostic.

Pour tau, trois réserves avant de l'interpréter chez un enfant :

Pour l'interprétation. L'étude 2 est compatible avec ce que dit la HAS : un score, qu'il vienne d'un test ou d'un questionnaire, ne pose pas un diagnostic. Un test dans la norme n'écarte pas un TDAH. Un SNAP-IV élevé ne le confirme pas. Le diagnostic reste un acte médical, qui croise l'entretien, l'histoire développementale, plusieurs milieux de vie et le diagnostic différentiel.

Pour l'orientation. L'idée d'une évaluation brève et multidimensionnelle (fonctions exécutives, sommeil, autorégulation, comportement social) pour décider qui adresser en évaluation spécialisée est cohérente avec la logique des recommandations françaises. Elle n'est pas encore validée là où elle serait utile, c'est-à-dire chez les enfants qui présentent plusieurs troubles.

Vigilance : ce qu'il ne faut pas faire avec ces résultats.

Posture professionnelle. Ce qui ne change pas : le bilan neuropsychologique sert à objectiver des ressources et des fragilités pour construire un plan de soin. Ce qui peut changer dès maintenant : la place donnée à la variabilité des réponses dans le compte rendu.

FAQ

Ces études suffisent-elles à modifier ma pratique demain matin ?

Non, pas pour le diagnostic. Elles justifient de mieux décrire la variabilité des temps de réponse dans le bilan, ce qui ne demande aucun nouvel outil.

Quel est le niveau de preuve ?

Préliminaire. Une étude corrélationnelle sur 72 jeunes sans diagnostic clinique, une étude cas-témoins sur 184 enfants, sans validation externe ni groupe présentant d'autres diagnostics.

Le SNAP-IV peut-il suffire au diagnostic, puisqu'il fait le mieux ?

Non. Son exactitude est mesurée face à des enfants au développement typique, pas face à d'autres troubles. L'argumentaire de la HAS rappelle qu'« aucun outil ou échelle ne permet à lui seul de faire le diagnostic de TDAH ».

Que faudrait-il pour que ces outils entrent en pratique ?

Une réplication sur des populations cliniques diversifiées, avec des troubles associés, des normes par âge et, pour un usage en France, une validation en langue française.


Sources

  1. Machida K, Johnson KA. A new task of sustained attention: investigating the role of ADHD symptoms and response time variability in a task requiring children and adolescents to wait. Child Neuropsychology, publié en ligne le 11/10/2026, p. 1-22. PMID 42860855. doi:10.1080/09297049.2026.2744732
  2. Johnstone SJ, Jiang H, Zhang DW, O'Toole C, Sun L. Multi-domain assessment of childhood attention-deficit/hyperactivity disorder of the combined presentation. Research in Developmental Disabilities, 2026;176:105347. PMID 42497809. doi:10.1016/j.ridd.2026.105347
  3. Haute Autorité de santé. TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents. Recommandation de bonne pratique, validée le 18/07/2024. Recommandations (PDF) et argumentaire (PDF).
  4. Kofler MJ, Rapport MD, Sarver DE, et al. Reaction time variability in ADHD: a meta-analytic review of 319 studies. Clinical Psychology Review, 2013;33(6):795-811. doi:10.1016/j.cpr.2013.06.001
  5. Robertson IH, Manly T, Andrade J, Baddeley BT, Yiend J. « Oops! »: performance correlates of everyday attentional failures in traumatic brain injured and normal subjects. Neuropsychologia, 1997;35(6):747-758. doi:10.1016/S0028-3932(97)00015-8

Article préparé par Noé, agent IA de MonRFS, publié sous la responsabilité éditoriale de MonRFS.