Ebola : la conduite à tenir si un patient suspect se présente à votre cabinet (DGS-Urgent n°2026-06)
Reconnaître, isoler, alerter le 15. Trois gestes, dans cet ordre.
Le DGS-Urgent n°2026-06, signé par le Directeur général de la santé le 29 mai 2026, n'annonce pas une épidémie en France : il demande aux professionnels de santé de première ligne d'avoir le bon réflexe si un patient suspect d'Ebola se présente.
Le contexte : l'OMS a déclaré le 17 mai 2026 une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) liée à une épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda.
À ce jour, le risque d'importation en France est considéré comme faible. Voici ce que ça change concrètement dans votre cabinet.
Le DGS-Urgent n°2026-06, signé par le Directeur général de la santé le 29 mai 2026, n'annonce pas une épidémie en France : il demande aux professionnels de santé de première ligne d'avoir le bon réflexe si un patient suspect d'Ebola se présente. Le contexte : l'OMS a déclaré le 17 mai 2026 une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) liée à une épidémie d'Ebola de souche Bundibugyo en République démocratique du Congo et en Ouganda (DGS-Urgent n°2026-06).
À ce jour, le risque d'importation en France est considéré comme faible. Mais la première ligne en ville est, par définition, le premier point de contact possible d'un cas importé. D'où ce rappel : un réflexe en trois temps — reconnaître, isoler, alerter le 15. Voici ce que ça change concrètement dans votre cabinet demain matin.
USPPI : l'urgence de santé publique de portée internationale est le plus haut niveau d'alerte de l'OMS au titre du Règlement sanitaire international. Elle déclenche une coordination internationale renforcée, sans signifier que la France est touchée.
Reconnaître : qui est un cas suspect, qui ne l'est pas
Le critère central est simple et tient en une phrase. Selon le DGS-Urgent n°2026-06, une maladie à virus Ebola doit être évoquée devant tout patient présentant une symptomatologie compatible dans les 21 jours suivant un séjour en zone de circulation virale (à ce jour : RDC, Ouganda).
Deux conditions, donc, et il faut les deux :
- Un retour de zone de circulation virale dans les 21 derniers jours. La durée d'incubation est comprise entre 2 et 21 jours (DGS-Urgent n°2026-06). Au-delà de 21 jours après le retour, le critère épidémiologique n'est plus rempli.
- Une clinique compatible. Le début est le plus souvent brutal : fièvre, asthénie, myalgies, céphalées, odynophagie (douleur à la déglutition), puis troubles digestifs (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales). Les manifestations hémorragiques sont plus tardives et inconstantes — leur absence n'élimine donc pas le diagnostic.
Le point qui évite la sur-alerte
Une personne qui rentre d'une zone à risque mais ne rapporte aucun symptôme n'est pas un cas suspect à évaluer, selon la définition de Santé publique France reprise par le DGS-Urgent. Inutile d'isoler ou d'appeler le 15 pour un voyageur asymptomatique : c'est l'association retour récent + symptômes compatibles qui déclenche la procédure.
Bon à savoir aussi : les personnes infectées ne sont pas contagieuses avant l'apparition des symptômes. La transmission interhumaine se fait par contact direct avec le sang ou les fluides biologiques d'une personne malade, ou avec des surfaces contaminées — pas par voie aérienne au sens d'un virus respiratoire.
Isoler : les gestes immédiats avant même d'appeler
Dès qu'un patient correspond à la définition de cas suspect, le DGS-Urgent n°2026-06 demande de l'isoler immédiatement et, dans la mesure du possible, de lui faire porter un masque chirurgical.
Pendant que vous vous apprêtez à joindre le 15 :
- Limitez les contacts : une seule personne soignante au contact, pas de circulation du patient dans la salle d'attente.
- Ne réalisez aucun prélèvement et n'adressez surtout pas le patient vous-même vers un laboratoire ou un service d'urgence. Le DGS est explicite : aucun patient suspect ne doit être adressé spontanément vers une structure d'urgence ou un laboratoire sans concertation préalable avec le SAMU-Centre 15.
- Protégez-vous. Le DGS-Urgent recommande pour le soignant au contact : gants (en nitrile si possible), surblouse à usage unique, appareil de protection respiratoire FFP2 (ou, à défaut, masque chirurgical), lunettes de protection couvrantes, et friction hydro-alcoolique des mains.
À appliquer / À oublier
À appliquer : isoler dès le premier doute · masque chirurgical au patient · protection du soignant · appel au 15 avant tout geste.
À oublier : adresser le patient seul aux urgences · faire un prélèvement « pour gagner du temps » · laisser le patient en salle d'attente commune · sous-estimer un retour de voyage récent.
Alerter : le SAMU-Centre 15, et lui seul, organise la suite
Le troisième réflexe est le pivot de toute la procédure. Le professionnel qui prend en charge le patient contacte sans délai le SAMU-Centre 15, qui organise une évaluation clinico-épidémiologique lors d'une conférence téléphonique (DGS-Urgent n°2026-06).
Cette régulation réunit, autour du médecin régulateur du SAMU :
- l'infectiologue de l'établissement de santé de référence régional pour le risque épidémique et biologique (ESR-R-REB) ;
- le Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales (CNR FHV) — Institut Pasteur de Lyon, joignable 24 h/24 et 7 j/7.
C'est cette conférence — pas le médecin de ville seul — qui classe le patient (notamment en « cas possible ») et déclenche, le cas échéant, l'intervention d'un SMUR dédié. En cas de classement en cas possible, le patient reste isolé jusqu'à l'arrivée de l'équipe.
Votre rôle de première ligne s'arrête donc volontairement tôt : vous reconnaissez, vous isolez, vous appelez le 15. La filière spécialisée (REB) prend ensuite le relais. Cette logique de « ne pas faire seul » est précisément ce qui protège le patient, les autres patients et vous-même.
REB : la filière « risque épidémique et biologique » regroupe les établissements et experts habilités à prendre en charge les agents hautement pathogènes. Le cadre de référence reste l'avis du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) de 2022, cité comme toujours en vigueur par le DGS-Urgent.
Pourquoi ce message arrive maintenant — et pourquoi rester serein
L'enchaînement est clair : l'OMS déclare une USPPI le 17 mai 2026 pour une épidémie d'Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda ; la DGS publie dans la foulée le DGS-Urgent n°2026-06 le 29 mai 2026 pour préparer la première ligne française. C'est une logique de préparation, pas de réaction à des cas sur le territoire.
Le DGS le dit lui-même : le risque d'importation en France est considéré comme faible à ce jour. La valeur de ce rappel n'est pas dans l'alarme, mais dans l'automatisme : si, dans les prochaines semaines, un patient fébrile revenant de RDC ou d'Ouganda franchit la porte de votre cabinet, le bon réflexe doit être déjà installé. Reconnaître, isoler, appeler le 15 : trois gestes, dans cet ordre.
Pour aller plus loin sur l'organisation des alertes sanitaires et la place de la formation continue dans la préparation des équipes, voir nos autres articles du blog et le catalogue de formations MonRFS. Les pros qui souhaitent transmettre ces réflexes en équipe peuvent aussi explorer le parcours devenir formateur en santé.
Questions fréquentes
Un patient revient du Kenya avec de la fièvre : dois-je déclencher la procédure Ebola ?
Le critère est un séjour en zone de circulation virale, à ce jour la RDC et l'Ouganda (DGS-Urgent n°2026-06). Le Kenya n'est pas listé comme zone de circulation à la date du message. En cas de doute sur la zone ou sur un transit, le SAMU-Centre 15 tranche lors de la régulation.
Puis-je faire un test rapide ou une prise de sang au cabinet pour lever le doute ?
Non. Aucun prélèvement ne doit être réalisé en ville, et le patient ne doit pas être adressé seul à un laboratoire. Le diagnostic biologique relève de la filière spécialisée, après concertation avec le 15 (DGS-Urgent n°2026-06).
Le patient suspect doit-il être hospitalisé tout de suite par mes soins ?
Non. Vous l'isolez et vous appelez le 15. C'est la conférence téléphonique (SAMU + infectiologue ESR-R-REB + CNR FHV Institut Pasteur Lyon) qui décide du classement et, le cas échéant, mobilise un SMUR. Le patient reste isolé jusqu'à l'arrivée de l'équipe.
Combien de temps après le retour de voyage le risque existe-t-il ?
Jusqu'à 21 jours après le retour de zone de circulation virale, ce qui correspond à la durée maximale d'incubation (2 à 21 jours selon le DGS-Urgent n°2026-06). Au-delà, le critère épidémiologique n'est plus rempli.
Faut-il déclarer le cas ?
Oui : tout cas possible de fièvre hémorragique virale relève de la maladie à déclaration obligatoire, via le formulaire dédié transmis à l'ARS (DGS-Urgent n°2026-06). La déclaration s'inscrit dans la procédure organisée avec le 15.
Sources et références
- DGS-Urgent n°2026-06 du 29/05/2026 — Maladie à virus Ebola (MVE) : vigilance renforcée et conduite à tenir devant un cas suspect (source primaire, Direction générale de la santé) : consulter le PDF.
- OMS — déclaration d'une USPPI le 17/05/2026 (Ebola Bundibugyo, RDC et Ouganda) : communiqué OMS.
- Santé publique France — définitions de cas et de contact (mai 2026), citées par le DGS-Urgent : document SpF.
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