Veille · Isa 10 min de lecture

Vaccins chikungunya 2026 : Vimkunya vs Ixchiq — arbre décisionnel pluripro selon HAS avril 2026

Vimkunya en 1re intention, Ixchiq toujours suspendu.

Flambée chikungunya à La Réunion et à Mayotte depuis septembre 2025, circulation autochtone confirmée en Guyane depuis mars 2026 : la HAS a publié deux avis en avril 2026 pour cadrer la stratégie vaccinale.

Pour les soignants en métropole, la question arrive en consultation pré-voyage : quel vaccin, à qui, dans quel délai ?

Voici l'arbre décisionnel pluripro à partir des avis HAS du 9 et du 24 avril 2026, et le tableau « à appliquer / à oublier / à mettre à jour » profession par profession.

Pourquoi cet article, maintenant ?

Le chikungunya, infection virale transmise par le moustique Aedes, a explosé en France ultramarine sur 2025-2026 : flambée épidémique à La Réunion et à Mayotte depuis septembre 2025, circulation autochtone confirmée en Guyane depuis mars 2026. Pour les soignants en métropole, la question arrive en consultation par le voyageur : « Je pars chez mes parents à La Réunion en juillet — je me vaccine ? »

Le contexte vaccinal a changé deux fois en un an. Ixchiq (vaccin vivant atténué, Valneva) a été suspendu par l'ANSM le 25 avril 2025 après plusieurs cas graves chez les sujets âgés. Vimkunya (vaccin sous-unitaire à particules pseudo-virales, Bavarian Nordic) a obtenu son AMM européenne début 2026, comblant le vide. La HAS a publié deux avis pour cadrer la stratégie : avis n°2026.0022 du 9 avril 2026 (Guyane) puis avis n°2026.0027 du 24 avril 2026 (océan Indien).

Cet article propose un arbre décisionnel pluripro : ton patient part en zone à risque, quel vaccin proposer, à qui, et avec quelles précautions. Pas un dogme, un cadre.

Ce que dit la HAS au 24 avril 2026

Les deux avis HAS, en synthèse

L'avis HAS n°2026.0022/AC/SESPEV du 9 avril 2026 vise la Guyane, où le chikungunya circule de façon autochtone confirmée depuis mars 2026. La HAS y recommande la vaccination ciblée des personnes à risque de forme grave : 65 ans et plus, personnes de 12 à 64 ans avec comorbidités (diabète, maladie cardiovasculaire, insuffisance rénale ou hépatique, BPCO sévère).

L'avis HAS n°2026.0027/AC/SESPEV du 24 avril 2026 étend et précise la stratégie pour l'océan Indien (Réunion, Mayotte), où l'épidémie est active depuis septembre 2025. Vimkunya y est positionné en 1re intention sur la population à risque.

Dans les deux avis, la HAS confirme la suspension d'Ixchiq (décision ANSM du 25 avril 2025) et recommande Vimkunya chez les 65 ans et plus et chez les patients avec comorbidités, sous réserve d'une évaluation individuelle bénéfice/risque chez les personnes plus jeunes sans comorbidités.

Contexte épidémique

Urgence vaccinale ciblée

La HAS n'appelle pas à une vaccination de masse. Elle cible les personnes à risque de forme grave qui partent en zone d'épidémie active, idéalement au moins 14 jours avant l'exposition pour permettre l'immunisation. Le vaccin n'est pas remboursé en routine en métropole mais l'est en outre-mer en zone épidémique.

Arbre décisionnel : ton patient part en zone à risque, quel vaccin ?

Voici l'arbre décisionnel synthétisé à partir des deux avis HAS d'avril 2026. À utiliser en consultation comme aide-mémoire, pas comme protocole rigide.

Étape 1 — Identifier le profil de risque

Tu interroges ton patient :

  1. Âge ? Pivot à 65 ans.
  2. Comorbidités ? Diabète, pathologie cardiovasculaire, insuffisance rénale, insuffisance hépatique, BPCO, immunodépression.
  3. Statut immunitaire ? Immunodépression d'origine pathologique ou thérapeutique (greffés, sous biothérapies, chimiothérapie en cours, VIH non contrôlé).
  4. Grossesse / allaitement ? Question systématique chez la femme en âge de procréer.
  5. Antécédent de chikungunya ? L'infection laisse une immunité durable — pas de revaccination nécessaire.

Étape 2 — Appliquer la recommandation HAS

Profil A — 65 ans et plus (avec ou sans comorbidité)

Profil B — 12 à 64 ans avec comorbidités à risque de forme grave (diabète, cardio, rénal, hépatique, BPCO sévère)

Profil C — 18 à 64 ans sans comorbidité

Profil D — 12 à 17 ans sans comorbidité

Profil E — Immunodéprimés (greffés, biothérapies, chimio en cours, VIH non contrôlé)

Profil F — Femme enceinte ou allaitante

Étape 3 — Délais et modalités

Tableau « À appliquer / À oublier / À mettre à jour »

À appliquerÀ oublierÀ mettre à jour
Médecin généraliste / médecin du travailVimkunya en 1re intention chez 65+ et 12-64 avec comorbidités partant en zone d'épidémie active ; dose unique IM, 14 jours avant départIxchiq chez 65 ans et plus (suspendu depuis 25/04/2025)Le contenu de la consultation pré-voyage : ajouter le réflexe « chikungunya zone Indien/Guyane »
Pharmacien d'officineConseil voyageur : rappeler les mesures barrières anti-moustiques tigres, identifier le patient à risque qui mérite un avis médical avant départL'idée que « pas de vaccin chikungunya disponible » — Vimkunya est en pharmacieLe script conseil voyageur : ajouter la question « avez-vous une comorbidité ? » avant la délivrance répulsif
Infirmier·e libéral·eAdministrer Vimkunya sur prescription ; éducation thérapeutique anti-moustiques chez le patient à risqueLe réflexe « ce n'est pas mon rôle » sur l'éducation anti-vectorielleLe bilan pré-voyage en HAD ou domicile : ajouter un volet « zone d'épidémie »
Sage-femmeRepérer la femme enceinte qui projette un voyage en zone d'épidémie ; orienter vers infectiologue référent pour évaluation B/RPrescrire un vaccin chikungunya en routine chez la femme enceinteL'entretien prénatal précoce : ajouter la question « voyage prévu en zone d'épidémie ? »
Infectiologue / médecin tropicalDécision dans les profils complexes (immunodépression, grossesse non reportable, antécédents particuliers)L'idée qu'Ixchiq « reviendra bientôt » — la suspension est toujours active au 24 avril 2026Le protocole de cabinet : intégrer les deux avis HAS d'avril 2026

Lecture rapide : Vimkunya pour le profil à risque + zone active = OUI ; Ixchiq = NON tant que la suspension ANSM est active ; immunodépression et grossesse = NI L'UN NI L'AUTRE sauf décision spécialisée.

Mesures barrières et conseil voyageur

Le vaccin réduit le risque de forme grave, il ne supprime pas le risque de transmission ni d'infection. Les mesures barrières restent essentielles, vacciné ou non.

Pour le patient

Pour le soignant en métropole

Limites et zones d'incertitude

Plusieurs questions restent ouvertes au 24 avril 2026 — la HAS l'écrit explicitement.

Pour aller plus loin

Sources HAS et institutionnelles

Se former en vaccinologie

Si l'épisode chikungunya 2026 t'a fait réaliser que la vaccinologie courante mérite une remise à niveau (nouveaux schémas, élargissement des compétences IDE et pharmacien à la prescription), quelques formations utiles dans notre catalogue :

Pour la veille mensuelle Isa (HAS, ANSM, sociétés savantes), retrouve toutes les recommandations décodées sur le blog.

Questions fréquentes

Mon patient a 70 ans et part 3 semaines à La Réunion en juillet, dois-je le vacciner ?

Oui, sauf contre-indication individuelle. La HAS recommande Vimkunya en 1re intention chez les 65 ans et plus partant en zone d'épidémie active (avis n°2026.0027 du 24/04/2026). Idéalement 14 jours avant le départ pour permettre la séroconversion. Mesures barrières anti-moustiques associées.

Le Vimkunya remplace-t-il définitivement l'Ixchiq ?

Pas définitivement, mais en pratique au 24 avril 2026 oui : Ixchiq reste suspendu par l'ANSM depuis le 25 avril 2025 sans calendrier de reprise annoncé. Vimkunya, vaccin sous-unitaire (non vivant), est compatible avec plus de profils — notamment les sujets âgés chez qui Ixchiq avait posé des signaux de tolérance.

Combien de temps dure la protection avec Vimkunya ?

Données solides à 6 mois, données à 12-24 mois en cours d'acquisition. La HAS prévoit de réévaluer la stratégie au fil des publications. Pour un voyage ponctuel, une dose unique 14 jours avant départ couvre le séjour. Pas de schéma de rappel défini à ce jour.

Faut-il vacciner avant un voyage ponctuel de quelques jours en zone d'épidémie ?

Évaluation individuelle. La HAS ne recommande pas systématiquement la vaccination chez les 18-64 ans sans comorbidité, même en zone d'épidémie active. Pour un voyage court avec exposition limitée, mesures barrières renforcées peuvent suffire. Le profil à risque (65+, comorbidités) bascule l'arbitrage vers la vaccination même pour un voyage court.

Qu'en est-il pour la métropole où circule le moustique tigre ?

Pas de vaccination systématique en métropole à fin avril 2026 : pas d'épidémie autochtone confirmée. La HAS recentre la stratégie sur les voyageurs vers les zones d'épidémie active (océan Indien, Guyane). En cas d'apparition d'un foyer autochtone en métropole, la HAS publiera un avis dédié — la veille s'impose pour 2026.

Mon patient est sous méthotrexate, peut-il recevoir Vimkunya ?

Décision spécialisée. Vimkunya n'étant pas un vaccin vivant, il n'est pas formellement contre-indiqué chez l'immunodéprimé, mais les données sont limitées chez le patient sous immunosuppresseur. Adresser à l'infectiologue référent ou au spécialiste de la pathologie sous-jacente pour évaluation B/R, et renforcer les mesures barrières dans tous les cas.

Le mot de la fin

Le chikungunya 2026 n'est pas un risque exotique pour les soignants de métropole : c'est une question concrète qui arrive en consultation pré-voyage. Connaître les profils à risque, la place de Vimkunya, la suspension toujours active d'Ixchiq, et les mesures barrières, suffit pour orienter correctement la décision dans 90 % des cas. Les 10 % restants — immunodépression, grossesse, profils complexes — relèvent du spécialiste.

À jour des deux avis HAS d'avril 2026. À réévaluer à chaque nouvelle publication.


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