Leisure sickness : pourquoi on tombe malade dès qu'on s'arrête
Migraine le premier jour du week-end, angine pile au début des congés… Le phénomène a un nom, la leisure sickness, ou « maladie des vacances », et un profil type. Spoiler : il ressemble beaucoup à celui du soignant. Ce que dit la science, et surtout comment ne pas gâcher son repos.
Un vrai phénomène, pas une excuse
Tout le monde connaît quelqu'un (ou en fait partie) qui « n'a jamais le temps d'être malade », mais qui s'effondre dès le vendredi soir ou le deuxième jour de vacances. En 2002, les psychologues néerlandais Ad Vingerhoets et Maaike van Huijgevoort ont donné un nom à cette observation clinique : la leisure sickness, la « maladie du temps libre ».
Dans leur étude pilote, un échantillon représentatif néerlandais (1 128 hommes et 765 femmes) a été interrogé : environ 3 % se reconnaissaient dans le syndrome du week-end ou des vacances (3,6 % des hommes et 2,7 % des femmes pour le week-end ; 3,2 % pour les vacances dans les deux sexes). Un phénomène minoritaire, mais bien réel.
Les symptômes typiques
Ils diffèrent un peu selon le contexte :
| Contexte | Symptômes rapportés |
|---|---|
| Week-ends | maux de tête, parfois migraines, fatigue, douleurs musculaires, nausées |
| Vacances | les mêmes, plus fréquemment des infections virales : rhumes, syndromes grippaux |
Le point commun : les symptômes surgissent quand la pression retombe, pas au pic de l'activité. C'est précisément ce décalage qui intrigue et oriente vers une explication psychophysiologique.
Qui est concerné : le profil à risque
L'étude pointe deux familles de facteurs :
- Une charge de travail élevée : un rythme soutenu, sans réelle décompression.
- Des traits de personnalité : difficulté à s'adapter à la situation de « non-travail », fort besoin d'accomplissement et sens élevé des responsabilités vis-à-vis du travail.
À l'inverse, les activités de loisir ou le mode de vie en tant que tels semblent peu déterminants. Autrement dit, ce n'est pas « partir » qui rend malade, c'est ne pas savoir s'arrêter. Ce portrait, engagement fort, difficulté à lâcher, exigence envers soi, décrit une grande partie des soignants et des libéraux de santé, particulièrement exposés à l'épuisement.
Que faire : soigner la transition, pas les vacances
Pistes concrètes
- Ralentir en amont : éviter de tout boucler au forceps la veille du départ. Alléger la charge sur les derniers jours amortit la chute.
- Décrocher pour de vrai : couper les notifications, les mails pro, la « garde mentale » du cabinet. Le cerveau a besoin d'un signal clair de bascule.
- Garder un rythme : sommeil, repas, hydratation et un minimum d'activité physique régulière lissent la transition.
- Anticiper la décompression : prévoir une première journée « tampon » plutôt que d'enchaîner voyage épuisant et attentes trop hautes.
- Consulter si ça se répète : des épisodes systématiques peuvent signaler un stress chronique ou un surengagement à retravailler avec un professionnel.
Ces repères relèvent de l'hygiène de vie et de la prévention, pas d'un traitement : la leisure sickness n'est pas un diagnostic médical à part entière, mais un signal utile. Chez un soignant, c'est souvent le premier voyant d'un déséquilibre à ne pas ignorer.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la leisure sickness ?
C'est le fait de développer des symptômes (maux de tête, fatigue, douleurs, nausées, infections virales) précisément pendant le week-end ou les vacances, une fois le travail arrêté. Le terme a été proposé en 2002 par les psychologues néerlandais Ad Vingerhoets et Maaike van Huijgevoort.
Est-ce fréquent ?
Dans l'étude pilote néerlandaise sur près de 1 900 personnes, environ 3 % des adultes se reconnaissaient dans le syndrome du week-end ou des vacances (3,6 % des hommes et 2,7 % des femmes pour le week-end, 3,2 % pour les vacances dans les deux sexes).
Qui est le plus à risque ?
Les personnes ayant une charge de travail élevée et certains traits : difficulté à décrocher du travail, fort besoin d'accomplissement et sens élevé des responsabilités. Un profil très répandu chez les professionnels de santé.
Comment éviter de tomber malade en vacances ?
L'essentiel se joue dans la transition : ralentir progressivement avant l'arrêt plutôt que sprinter jusqu'au dernier jour, décrocher réellement du travail (notifications, mails), maintenir un rythme de sommeil régulier et anticiper une décompression douce. Si les épisodes se répètent, en parler à un professionnel.
Pour aller plus loin
- Vingerhoets AJ, Van Huijgevoort M, Van Heck GL. « Leisure sickness: a pilot study on its prevalence, phenomenology, and background. » Psychotherapy and Psychosomatics, 2002;71(6):311-317, l'étude princeps (PubMed).
- Version éditeur (Karger), méthodologie et résultats détaillés.
- Fiche de l'étude, Tilburg University Research Portal.
- Leisure sickness, synthèse et sources secondaires.
Cet article a une visée informative et pédagogique. La leisure sickness n'est pas un diagnostic médical formel ; en cas de symptômes récurrents ou d'épuisement, consultez un professionnel de santé.
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