Vaccination des soignants : grippe, Covid-19, diphtérie, ce que disent les textes
Trois messages de la Direction générale de la santé (DGS) sont tombés entre le 18 et le 28 septembre. Ils ne s'adressent pas qu'aux médecins. Le DGS-Urgent du 18/09 (diphtérie) invite les professionnels de santé à vérifier leur statut vaccinal et à le mettre à jour si nécessaire ; ceux des 22 et 28/09 (grippe et Covid-19) recommandent la vaccination des professionnels de santé. Voici ce que disent les textes, pour qui, et avec quelles limites.
1. La campagne de vaccination grippe et Covid-19 2026-2027 : dates, vaccins, qui prescrit
Selon la DGS, DGS-Urgent n°2026_12 du 22 septembre 2026 (adressé aux médecins, pharmaciens, infirmiers et sages-femmes) :
- Les campagnes contre la grippe saisonnière et contre le Covid-19 sont menées conjointement à partir du 13 octobre 2026. Exceptions citées : Mayotte (campagne démarrée dès septembre) et La Réunion (alignée sur l'hémisphère sud).
- Les personnes éligibles peuvent recevoir les deux vaccins à la même séance, sur deux sites d'injection distincts. Si les deux vaccinations ne sont pas faites en même temps, aucun délai minimal n'est requis entre elles.
- Grippe : cinq vaccins sont cités (Efluelda, Fluad, Flucelvax, Influvac, Vaxigrip). Pour les personnes de 65 ans et plus, Efluelda (haute dose) et Fluad (avec adjuvant) sont recommandés préférentiellement ; les vaccins standards peuvent aussi être utilisés.
- Covid-19 : Comirnaty XFG adulte (à partir de 12 ans) et Comirnaty XFG pédiatrique (6 mois à 11 ans). Le message précise que toute personne qui souhaite se faire vacciner, même hors cible, peut recevoir une injection contre le Covid-19 gratuitement.
- Parmi les personnes ciblées par la recommandation figurent « les professionnels de santé et tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère ».
Qui peut prescrire et administrer. Le message écrit (§ c) : « Les compétences vaccinales applicables aux différents professionnels de santé sont inchangées par rapport aux années précédentes ». Le détail figure en annexe 2 :
| Professionnel | Grippe | Covid-19 |
|---|---|---|
| Médecin | toute personne, prescription et administration | toute personne, prescription et administration |
| Infirmier | à partir de 11 ans : prescription et administration ; moins de 11 ans : administration sur prescription médicale | à partir de 5 ans : prescription et administration |
| Pharmacien (officine, pharmacie à usage intérieur ou laboratoire de biologie médicale), formé à la vaccination | à partir de 11 ans : prescription et administration | à partir de 5 ans : prescription et administration |
| Sage-femme | toute personne, prescription et administration | toute personne, prescription et administration |
L'annexe 2 cite aussi le préparateur en pharmacie d'officine et les étudiants de troisième cycle de médecine et de pharmacie (la ligne des étudiants de pharmacie est surlignée en jaune dans le complément du 28/09 ; son texte est identique à celui du 22/09). Les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes et psychologues n'y figurent pas dans cette annexe. Pour ces professions, le geste concret est donc de se faire vacciner par l'une des professions ci-dessus, pas de vacciner.
Ce que le complément du 28 septembre (REPLY) ajoute. Le message du 28/09/2026 annonce « plusieurs compléments signalés en jaune » ; il reprend celui du 22/09 et y ajoute notamment un paragraphe : le classement des vaccins grippaux en liste I (voir notre décryptage de la décision du 07/07/2026) « n'emporte pas de conséquence pratique sur l'accès à la vaccination », et « le principal enjeu réside cette année dans la traçabilité de l'acte de prescription ». Celle-ci peut être assurée par voie numérique (Mon espace santé, DMP, logiciels métiers, carnet de vaccination électronique). Le texte précise qu'aucune consultation médicale supplémentaire n'est requise.
2. L'obligation vaccinale antigrippale des soignants : ce que dit la loi, ce que dit la HAS, ce que dit la DGS
La loi. Selon l'article L3111-4 du code de la santé publique, version en vigueur depuis le 31 décembre 2025 (loi n°2025-1403 du 30 décembre 2025, art. 55), il existe deux branches, qui ne concernent pas les mêmes professionnels :
- Branche I, personnes exerçant dans un établissement ou organisme de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées. « Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l'exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination doit être immunisée contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe. » Un arrêté détermine les catégories d'établissements concernées ; les établissements employeurs prennent à leur charge les dépenses de ces vaccinations. Pour la grippe, cette obligation est suspendue : le décret n°2006-1260 du 14 octobre 2006 dispose en son article 1 que « l'obligation vaccinale contre la grippe prévue à l'article L. 3111-4 du code de la santé publique est suspendue ».
- Branche II, professionnels de santé exerçant à titre libéral hors établissement, et personnes employées dans le même lieu d'exercice. « Sous réserve d'une recommandation préalable de la Haute Autorité de santé, les professionnels de santé exerçant, à titre libéral, en dehors des établissements ou des organismes mentionnés au I ainsi que les personnes employées dans le même lieu d'exercice les exposant ou exposant les personnes dont ils ont la charge à des risques de contamination doivent être vaccinés contre la grippe. Un décret en Conseil d'Etat, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les professions concernées et leurs lieux d'exercice […]. »
Ce que cela donne : la règle ne dépend pas du statut (salarié ou libéral) mais du lieu d'exercice et de l'exposition. Si vous exercez, salarié ou libéral, dans un établissement ou organisme de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées (catégories fixées par arrêté) et que votre activité vous expose, ou expose les personnes dont vous avez la charge, à des risques de contamination, c'est la branche I : hépatite B, diphtérie, tétanos et poliomyélite sont obligatoires, la grippe est suspendue par le décret de 2006. Si vous exercez à titre libéral hors de ces établissements, ou si vous êtes employé dans le même lieu d'exercice qu'un libéral, et que votre activité vous expose, ou expose les personnes dont vous avez la charge, à des risques de contamination, c'est la branche II : le principe d'une obligation grippale est dans la loi, mais les professions et les lieux visés doivent être fixés par un décret en Conseil d'État, que l'article prévoit.
La recommandation de la HAS. Selon la HAS, « Grippe saisonnière : évaluation de la pertinence d'une obligation vaccinale », recommandation vaccinale mise en ligne le 20 juillet 2026 : elle recommande « la mise en place d'une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels de santé ainsi que pour les autres professionnels exerçant auprès de personnes à risque de forme grave de grippe ». Parmi les professionnels concernés, la HAS cite « l'ensemble des professionnels de santé (salariés et/ou libéraux) », les autres professionnels des établissements de santé et des établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées en contact avec des personnes à risque, et les élèves et étudiants des filières médicales, paramédicales ou pharmaceutiques. Elle recommande un déploiement progressif « sur une période de deux ans renouvelables un an », avec une priorité aux EHPAD et aux USLD (unités de soins de longue durée).
Chiffres cités par la HAS pour justifier cette priorité : une couverture vaccinale antigrippale de 82,7 % chez les résidents d'EHPAD contre 21 % chez les professionnels qui y exercent.
Ce que dit la DGS le 22 septembre. La campagne 2026-2027 « constitue la première année de déploiement de l'obligation vaccinale antigrippale des professionnels concernés ». Mais, écrit la DGS, le cadre rendant cette obligation pleinement opposable « n'entrera en vigueur qu'à l'issue des travaux réglementaires attendus d'ici la fin du premier trimestre 2027 ». Cette période doit permettre « de maximiser les couvertures vaccinales » et « d'informer les professionnels de leurs futures obligations ».
Chiffres de couverture donnés par la DGS pour la saison 2025-2026 : 49,6 % chez l'ensemble des personnes à risque ciblées par la vaccination, 56,7 % chez les 65 ans et plus, pour un objectif de 75 %.
Ce que ces textes ne disent pas. La liste des professions et des lieux d'exercice visés par la branche II n'est pas fixée : c'est l'objet du décret en Conseil d'État que l'article L3111-4 II prévoit, et la DGS attend les travaux réglementaires d'ici la fin du premier trimestre 2027. Tant que ce décret n'est pas paru, aucune profession ni aucun lieu d'exercice précis ne peut être dit soumis à la branche II.
3. Diphtérie : un cas à souche porteuse du gène de la toxine, une invitation à vérifier son statut vaccinal
Selon la DGS et l'ARS Hauts-de-France, DGS-Urgent n°2026_11 du 18 septembre 2026 (adressé aux médecins généralistes, médecins biologistes, médecins d'autres spécialités, infirmiers, sages-femmes, pharmaciens et techniciens de laboratoire médical ; zone concernée : départements du Nord et du Pas-de-Calais) :
- Un cas de diphtérie ORL dû à une souche de Corynebacterium diphtheriae porteuse du gène de la toxine a été détecté le vendredi 11 septembre chez un patient hospitalisé au centre hospitalier de Dunkerque. La souche est résistante à l'amoxicilline et sensible aux macrolides.
- À ce stade, aucun cas secondaire n'a été identifié ; les investigations sont en cours (risque de transmission en hébergement collectif, portage asymptomatique possible).
- La consigne qui concerne chaque soignant : « les professionnels de santé ainsi que les professionnels prenant en charge des personnes migrantes ou des voyageurs sont invités à vérifier leur statut vaccinal et à le mettre à jour si nécessaire ». Deux situations : pour le personnel exposé des établissements de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées, l'immunisation contre la diphtérie est déjà obligatoire (article L3111-4 I du code de la santé publique) ; pour les autres professionnels de santé, c'est l'invitation de la DGS, sans obligation écrite dans ce message.
- Devant un tableau clinique compatible, d'autant plus chez un patient non vacciné ou à schéma incomplet : isoler le patient, lui faire porter un masque chirurgical, désinfecter les mains avec une solution hydroalcoolique et appeler le SAMU pour une prise en charge hospitalière. Le prélèvement est réalisé en milieu hospitalier. Le message rappelle que la diphtérie est une maladie à signalement obligatoire (formulaire à adresser à l'ARS).
- Durée d'incubation : inférieure à 7 jours, généralement de 2 à 5 jours ; portage asymptomatique possible pendant plusieurs semaines ou mois.
Ce que ce message ne contient pas. Aucune posologie, aucun schéma vaccinal, aucune chimioprophylaxie des sujets contacts. Pour le schéma vaccinal, le message renvoie à la HAS (rattrapage vaccinal en cas de statut incomplet ou inconnu) et à Vaccination Info Service, sans en reproduire le contenu.
4. Les trois gestes, dans l'ordre
- Regarder son carnet (papier, Mon espace santé ou carnet électronique) pour la diphtérie, la grippe et le Covid-19. Pour la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et l'hépatite B : obligatoires pour toute personne exposée qui exerce dans un établissement ou organisme visé par l'article L3111-4 I, quel que soit son statut (les établissements employeurs prennent en charge les dépenses) ; ailleurs, pour la diphtérie, c'est l'invitation de la DGS du 18/09. Le DGS-Urgent du 18/09 ne donne pas le schéma vaccinal : il renvoie à la recommandation de la HAS sur le rattrapage vaccinal et à Vaccination Info Service ; le médecin traitant peut aussi faire le point.
- Prévoir la grippe et le Covid-19 à partir du 13 octobre auprès d'un médecin, d'un infirmier, d'un pharmacien ou d'une sage-femme, les deux vaccins pouvant être faits à la même séance.
- Garder une trace de la prescription et de l'injection : c'est, selon la DGS du 28/09, l'enjeu de la saison.
Cet article rapporte des messages officiels ; il ne remplace ni l'avis d'un médecin ni le calendrier vaccinal en vigueur.
Questions fréquentes
Les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes peuvent-ils vacciner contre la grippe en 2026-2027 ?
Le DGS-Urgent n°2026_12 écrit que « les compétences vaccinales applicables aux différents professionnels de santé sont inchangées par rapport aux années précédentes ». Son annexe 2 ne cite pas ces professions : elle liste les médecins, infirmiers, pharmaciens, sages-femmes, préparateurs en pharmacie d'officine et étudiants de troisième cycle de médecine et de pharmacie.
À partir de quand la campagne grippe et Covid-19 commence-t-elle ?
Le 13 octobre 2026 en France, hors Mayotte (démarrée en septembre) et La Réunion (calendrier de l'hémisphère sud), selon la DGS.
La vaccination antigrippale est-elle déjà obligatoire pour les professionnels de santé ?
Le principe est dans la loi (article L3111-4 du code de la santé publique). Pour les personnes exposées exerçant dans un établissement ou organisme de prévention, de soins ou hébergeant des personnes âgées, quel que soit leur statut (branche I), l'obligation grippale est suspendue par le décret n°2006-1260. Pour les professionnels de santé exerçant à titre libéral hors de ces établissements et les personnes employées dans le même lieu d'exercice, lorsque leur activité les expose, ou expose les personnes dont ils ont la charge, à des risques de contamination (branche II), elle est subordonnée à la recommandation de la HAS (adoptée le 9 juillet 2026, mise en ligne le 20 juillet 2026), et à un décret en Conseil d'État qui fixera les professions et les lieux d'exercice. La DGS indique que le cadre pleinement opposable est attendu d'ici la fin du premier trimestre 2027.
Peut-on faire le vaccin grippe et le vaccin Covid-19 le même jour ?
Oui, sur deux sites d'injection distincts, selon la DGS. Sans injection simultanée, aucun délai minimal n'est requis entre les deux.
Pourquoi la DGS demande-t-elle de vérifier son statut vaccinal contre la diphtérie ?
Parce qu'un cas dû à une souche porteuse du gène de la toxine diphtérique a été détecté à Dunkerque le 11/09/2026, avec une vigilance renforcée demandée en France métropolitaine (message du 18/09/2026). Pour le personnel exposé des établissements, l'immunisation contre la diphtérie est déjà une obligation légale (L3111-4 I).
Sources
- DGS-Urgent n°2026_12, 22/09/2026 : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgs-urgent_no2026_12_campagne_grippe_covid-19_2026-2027.pdf
- DGS-Urgent n°2026_12_REPLY, 28/09/2026 : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/reply_dgs-urgent_n2026_12_campagne_grippe_covid-19_2026.pdf
- DGS-Urgent n°2026_11, 18/09/2026 : https://sante.gouv.fr/IMG/pdf/dgs-urgent_2026-11_cas_de_diphterie_dans_le_dunkerquois.pdf
- HAS, recommandation vaccinale mise en ligne le 20/07/2026 : https://www.has-sante.fr/jcms/p_3701698/fr/grippe-saisonniere-evaluation-de-la-pertinence-d-une-obligation-vaccinale
- Code de la santé publique, article L3111-4 (en vigueur depuis le 31/12/2025) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000021709132
- Décret n°2006-1260 du 14/10/2006 : https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000457937
- Rubrique DGS-Urgent (mesurée au rendu navigateur le 03/10/2026) : https://sante.gouv.fr/professionnels/article/dgs-urgent
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