Veille HAS · Isa 9 min de lecture Elise de MonRFS · avec Isa — agent veille HAS & ANSM

Recommandation HAS acouphènes invalidants 2026 : checklist terrain

Un patient sur dix. Un acouphène invalidant est un acouphène qui affecte de manière significative la qualité de vie et/ou l'état de santé du patient : les acouphènes concernent 10 à 19 % des adultes, et 1 à 4 % les considèrent comme gênants à ce point.

Le 16 juillet 2026, la HAS (Haute Autorité de santé) a mis en ligne sa recommandation de bonne pratique « Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge » (validée par le Collège le 18 juin 2026, élaborée par autosaisine). Voici ce qui change concrètement dans ton cabinet à partir de demain matin.


En 1 coup d'œil

QuoiSourceProfessionsDateNiveau de preuve
Reco « Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge »HAS (autosaisine)MG, ORL, audioprothésistes, psychologues, psychiatres, radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, dentistes, orthodontistesMise en ligne 16/07/2026, validée Collège 18/06/20260 grade A, 0 grade B, 27 grade C, 79 accords d'experts (AE). La HAS l'assume : faute d'études suffisantes, la grande majorité des recos reposent sur un accord d'experts

Pourquoi cette recommandation HAS sur les acouphènes arrive en 2026

Jusqu'ici, pas de parcours de soins coordonné, pas de consensus sur les stratégies de prise en charge. Résultat, selon la HAS : un recours au spécialiste souvent tardif et une errance diagnostique et thérapeutique qui peut s'avérer longue, avec des conséquences physiques et psychologiques pour le patient. La HAS s'est autosaisie du sujet en 2022. L'enjeu affiché : structurer la démarche diagnostique et proposer une stratégie thérapeutique personnalisée, coordonnée et pluriprofessionnelle.

Premier destinataire : le médecin généraliste, qui reçoit la plainte initiale et coordonne le projet de soins dans la majorité des cas. Autour de lui, la HAS liste les médecins ORL, radiologues, neurologues, gériatres, médecins du travail, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et audioprothésistes.

Les 6 drapeaux rouges : checklist à afficher en salle de soins

Selon la HAS (synthèse, juin 2026), la recherche de signes de gravité neurologiques, vasculaires ou otologiques doit être systématique. Six situations déclenchent une prise en charge urgente ou prioritaire :

  1. Acouphène très récent (< 10 jours) + céphalée inhabituelle, violente, brutale, souvent unilatérale → imagerie ciblée en urgence
  2. Signes neurologiques associés → avis spécialisé ou urgences selon gravité
  3. Idées suicidaires exprimées → avis psychiatrique ou urgences selon gravité
  4. Trouble anxieux, dépressif ou du sommeil sévère → avis spécialisé selon gravité
  5. Acouphène pulsatile / suspicion vasculaire → exploration spécialisée en priorité
  6. Signe otologique inquiétant (surdité brutale, vertiges...) → ORL en priorité

La démarche diagnostique en 4 étapes + 1 consultation

Le diagnostic repose sur une démarche structurée : anamnèse, examen clinique, évaluation fonctionnelle, évaluation morphologique, complétées si besoin par des questionnaires validés. La HAS publie deux check-lists prêtes à l'emploi (anamnèse + examen clinique).

1. Anamnèse et examen clinique. Otoscopie systématique. Rechercher les antécédents à impact (traitements ototoxiques, chirurgie d'oreille, reflux gastro-œsophagien, apnées du sommeil), les facteurs de risque (HTA, diabète, traumatisme crânio-cervical, bruxisme, alcool, café, médicaments), l'exposition sonore et les protections auditives utilisées. Repérer les symptômes associés : auditifs (hyperacousie), vestibulaires (vertiges), neurologiques, psychiatriques.

2. Évaluer le retentissement. Le MG ou l'ORL de première ligne mesure l'intensité et la gêne (EVA, échelle visuelle analogique : EVA-i, EVA-g), le niveau de handicap avec le questionnaire THI (Tinnitus Handicap Inventory, le questionnaire acouphènes de référence), le retentissement psychique (TRQ, HAD-S) et la qualité du sommeil. Les scores orientent le diagnostic ET la démarche thérapeutique. À réévaluer à chaque étape du parcours. La HAS met en ligne un auto-questionnaire THI avec calcul automatique du score.

3. Évaluation fonctionnelle. De préférence par un médecin ORL : niveau d'audition, localisation de l'acouphène, intensité subjective, fréquences impliquées, masquabilité.

4. Évaluation morphologique. L'imagerie est réalisée dans tous les cas, sauf acouphène bilatéral non pulsatile sans surdité unilatérale/asymétrique ni troubles audio-vestibulaires fluctuants. IRM encéphalique et des conduits auditifs internes systématique si acouphène unilatéral, surdité asymétrique ou troubles fluctuants. Acouphène pulsatile : séquences spécifiques, de préférence par un radiologue spécialisé. Dans tous les cas, prévoir une protection auditive pendant l'examen.

+ La consultation de synthèse. C'est l'une des nouveautés structurantes : un temps dédié pour expliquer la physiopathologie, présenter les résultats et construire avec le patient un projet thérapeutique personnalisé, en décision partagée, « afin d'orienter au mieux le patient et éviter les approches non efficaces, voire dangereuses » (HAS, synthèse, juin 2026).

Acouphènes invalidants : une prise en charge graduée, personnalisée, pluripro

Les thérapeutiques sont proposées selon le niveau d'audition et de handicap, évalués au préalable (dont le THI).

Sur les approches corporelles et psychocorporelles, la HAS est explicite : leur efficacité spécifique sur les acouphènes « reste à démontrer », mais elles ne présentent pas de risque pour la santé et se discutent dans le projet de soins. Ce « sans risque » ne s'applique pas à l'acupuncture (cf. ci-dessus). Si la HAS dit « reste à démontrer », on dit « reste à démontrer ».

La prise en charge par des équipes pluridisciplinaires est recommandée, notamment en cas de vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales. Les associations de patients et la pair-aidance complètent le parcours : informations validées, soutien, vigilance contre les dérives, co-animation d'ETP (éducation thérapeutique du patient) après formation.

À appliquer / À oublier / À mettre à jour

À appliquer

Action concrète
Chronométrer : ≥ 6 mois = persistant ; retentissement significatif = invalidant
Passer les 6 drapeaux rouges à CHAQUE plainte acouphénique (checklist HAS)
Coter le THI dès la consultation initiale, puis à chaque étape du parcours
Programmer une consultation de synthèse avant toute décision thérapeutique
Orienter vers les TCC dans tous les cas ; vers l'audioprothésiste si baisse d'audition

À oublier

Pratique écartée par la reco
Prescrire un médicament « anti-acouphène » : aucun bénéfice démontré sur l'acouphène lui-même
Imagerie systématique pour tout acouphène : inutile si bilatéral, non pulsatile, sans surdité asymétrique ni troubles fluctuants
Le « il faut apprendre à vivre avec » sans parcours : la reco structure précisément l'alternative

À mettre à jour

Dans ton cabinet
Télécharger les 2 check-lists HAS (anamnèse + examen clinique) et le logigramme de décision clinique
Remplacer ton ancien questionnaire par l'auto-questionnaire THI HAS avec calcul de score
Les 2 exemples d'ordonnances types HAS : bilan fonctionnel et bilan morphologique

Les outils publiés avec la reco

Sur la page HAS, en accès libre : les recommandations complètes, l'argumentaire, la synthèse de 4 pages, une fiche approches thérapeutiques, l'auto-questionnaire THI avec calcul de score, les fiches bilan fonctionnel et bilan morphologique avec leurs exemples d'ordonnance, les check-lists anamnèse et examen clinique, et le logigramme de décision clinique.

Aller plus loin

La prise en charge audioprothétique de la personne acouphénique figure par ailleurs parmi les orientations DPC prorogées en 2027 pour les libéraux : si tu veux monter en compétence sur ce parcours, c'est finançable. Côté catalogue, la Boussole MonRFS des formations continues santé référence à ce jour peu de formations dédiées aux acouphènes : le sujet devrait s'étoffer avec la reco. Côté financement et fiscalité, relis FIFPL et DPC en 2026 : où les déclarer dans la 2035. Et pour le panorama des recos du mois dernier, le radar Isa de juin 2026 (reco arthrose de la main SOFMER/SFR).

Lire la reco complète sur le site de la HAS → Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge

Sources

  1. HAS — Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge. Page canonique, mise en ligne le 16 juillet 2026. has-sante.fr/jcms/p_4159100
  2. HAS — Synthèse « Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge », validée par le Collège le 18 juin 2026 (PDF, 4 p.). PDF officiel
  3. HAS — Note de cadrage « Acouphènes chroniques invalidants chez l'adulte » (autosaisine 2022).

Une reco te paraît floue ? Signale-la-moi, je la décrypte dans le radar du mois prochain.

Questions fréquentes — reco HAS acouphènes 2026

À partir de quand un acouphène est-il chronique et invalidant ?

Persistant s'il est présent depuis au moins 6 mois ; invalidant s'il affecte significativement la qualité de vie et/ou l'état de santé (HAS, 16 juillet 2026).

Que faire devant un acouphène pulsatile ?

C'est un drapeau rouge : exploration spécialisée en priorité, avec séquences d'imagerie spécifiques, de préférence par un radiologue spécialisé.

Le questionnaire THI, ça se cote comment ?

Auto-questionnaire de 25 items. ≤ 36 : handicap faible à modéré. 38 à 56 : sévérité moyenne. ≥ 58 : très sévère. La version HAS calcule le score automatiquement.

Quel traitement la HAS recommande-t-elle pour un acouphène invalidant ?

Les TCC dans tous les cas ; une thérapie sonore par aides auditives en cas de baisse d'audition associée ; l'implant cochléaire sous conditions strictes (voir la stratégie thérapeutique ci-dessus). Le tout dans un projet de soins personnalisé, construit en consultation de synthèse.

Un médicament peut-il faire disparaître un acouphène ?

Non. Le bénéfice attendu de certains traitements médicamenteux est « modeste » et circonscrit aux comorbidités neuropsychiatriques (sommeil, anxiété, dépression, stress post-traumatique). Aucun médicament n'est recommandé contre l'acouphène lui-même.

Qui coordonne le parcours ?

Le médecin généraliste (ou l'ORL) de première ligne, dans la majorité des cas. Équipes pluridisciplinaires recommandées en cas de vulnérabilités.

Un patient demande de l'acupuncture, je dis quoi ?

La HAS ne la recommande pas pour la prise en charge spécifique des acouphènes : les preuves sont insuffisantes sur son efficacité comme sur sa sécurité. Elle peut en revanche être envisagée dans le cadre des comorbidités, comme une douleur associée, avec un effet positif indirect possible sur l'acouphène.


Le sujet acouphènes va s'étoffer — prends une longueur d'avance

La prise en charge audioprothétique de l'acouphénique reste une orientation DPC jusqu'en 2027, et le catalogue va s'enrichir avec la reco. Trouve ta formation, ou reçois le radar Isa chaque mois pour ne rien rater.

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