En tant que professionnel de santé, formateur ou kinésithérapeute, nous passons nos journées à transmettre des savoirs, des gestes, des protocoles. Mais au seuil d’une nouvelle année, une question plus fondamentale se pose : qu’est-ce qu’on a vraiment envie de transmettre pour 2026 ? Pas seulement dans nos cabinets ou nos salles de formation santé, mais dans la vie, tout simplement.
Le mouvement, avant d’être une prescription
Nous sommes dans ce moment un peu particulier de l’année où le temps ralentit légèrement. Entre deux repas, deux bilans, deux projections vers « l’année prochaine ».
Il y a une responsabilité silencieuse que nous portons tous, sans vraiment l’avouer : celle de montrer à nos enfants comment vivre.
Pas comment réussir. Pas comment performer. Pas comment aller plus vite. Juste comment vivre.
Quand j’étais enfant, je me suis ennuyé. Et avec le recul, cet ennui a peut-être été la plus grande chance de mon enfance.
Il m’a obligé à imaginer. À inventer des jeux. À bâtir des cabanes avec rien. À sortir dehors. À courir, sauter, grimper, rentrer tard, fatigué... heureux.
Personne ne parlait de « sport-santé ». On vivait. Le mouvement était un langage naturel.
L’exemple silencieux : ce que nos patients et nos enfants observent
Et au milieu de tout ça, il y avait mon grand-père. Qui partait chercher son pain à vélo. Sous le vent, sous le soleil, parfois sous la pluie.
Pas pour « faire du cardio ». Pas pour atteindre « 150 minutes par semaine ». Juste parce que c’était sa manière d’être au monde.
Ce monde-là n’a pas disparu. Mais il s’est fait grignoter par quelque chose de plus insidieux : ce que Patrick Le Lay appelait le temps de cerveau disponible.
Nous sommes occupés. Mais rarement nourris. Connectés. Mais souvent éloignés de nous-mêmes, de nos proches, de ce qui compte.
Et nos enfants regardent. Ils apprennent bien plus de ce que nous faisons que de ce que nous disons. En tant que professionnels de santé, nous savons que l’exemplification vaut mieux que la prescription. C’est vrai en rééducation. C’est vrai en éducation thérapeutique. C’est vrai à la maison.
Qu’est-ce qu’on veut transmettre ?
Alors, pendant les fêtes, quand le temps ralentit — ou devrait ralentir — je crois qu’il faut oser poser cette question.
Des objets ? Des écrans ? Des obligations ?
Ou des instants. Des gestes simples. Une présence.
Nous n’avons pas besoin d’être parfaits. Ni exemplaires.
Juste de montrer que la vie est plus vivable quand elle est un peu plus lente, un peu plus en mouvement, un peu plus dehors, et beaucoup moins bruyante dans la tête.
Revenir aux bases : un enjeu pour la formation continue en santé
Sortir marcher. Aller chercher quelque chose à vélo. Construire une cabane. Cuisiner ensemble. Ralentir. Respirer. Être là.
Revenir aux bases, ce n’est pas reculer. C’est simplement choisir d’incarner la vie plutôt que de la regarder défiler.
Pour les formateurs en santé, c’est aussi un rappel essentiel : la formation continue la plus puissante n’est pas toujours dans un diaporama ou un module DPC. Elle est parfois dans la cohérence entre ce que l’on enseigne et ce que l’on vit. Quand un kiné forme ses pairs à la prévention de la sédentarité, il est d’autant plus crédible s’il incarne lui-même cette dynamique du mouvement au quotidien.
C’est peut-être ça, finalement, ce que nous avons le plus à transmettre.
Arnaud Fournier Pour MonRFS — qui n’est curieux ?
