Le témoignage de Sophie, formatrice en santé, et ce que 2025 nous a fait vivre à tous.

Sophie a 42 ans. Kinésithérapeute pendant quinze ans, elle est devenue formatrice il y a quatre ans. Elle adore transmettre. Voir les yeux qui s'allument quand un stagiaire comprend enfin un concept, recevoir des messages des mois plus tard : « Grâce à votre formation, j'ai pu aider une patiente... »

Mais en 2025, pour la première fois, Sophie a sérieusement envisagé d'arrêter.

Pas à cause de la pédagogie. Pas à cause des stagiaires.

À cause des chiffres.

3 février : le matin où tout bascule

Sophie ouvre son ordinateur en buvant son café. Un email de son comptable.

« Sophie, on a un problème : la TVA passe à 25 000 euros. »

Elle relit trois fois. Son CA prévisionnel 2025 : 38 000 euros.

Elle fait le calcul de tête. Si le seuil descend à 25 000 euros, elle va devoir collecter et reverser de la TVA. Environ 2 600 euros.

Sur une marge qui tourne déjà à 20%, ça veut dire qu'elle travaillerait un mois et demi pour rien.

Elle sent son cœur s'accélérer.

La nuit des calculs

Ce soir-là, Sophie ne dort pas. Elle refait ses prévisionnels jusqu'à 2h du matin.

Scénario A : Augmenter ses prix de 20%. Mais elle sait qu'elle perdra des clients. Combien ? 30% ? 50% ?

Scénario B : Créer une EURL. Mais son comptable lui a dit que ça coûterait 2 000 euros de plus par an en gestion, plus la complexité.

Scénario C : Limiter son CA à 24 999 euros. Refuser des missions. Renoncer à grandir.

Aucun scénario n'est bon.

Le lendemain, elle appelle trois collègues formateurs. Tous dans le même état. Certains parlent déjà d'arrêter.

Puis, le 6 février, la suspension tombe. Ouf. Mais pour combien de temps ?

Mars à octobre : vivre en apnée

Les mois où on ne peut rien décider

En avril, nouvelle suspension. La réforme est reportée jusqu'à fin 2025.

Pour Sophie, ça veut dire six mois de plus sans savoir.

Le coût caché de l'incertitude

En juin, une grande clinique la contacte. Ils veulent un programme de formation sur toute l'année 2026. Budget : 15 000 euros.

Ils demandent un devis ferme.

Sophie hésite. « Et si la TVA change ? Je dois facturer 20% de plus ? »

Elle demande un délai. La clinique n'attend pas. Elle signe avec un concurrent.

15 000 euros perdus parce que Sophie ne pouvait pas s'engager.

Elle repense à cette opportunité pendant des semaines.

Septembre : l'audit qui fait mal au portefeuille

L'auditrice Qualiopi arrive. Trois heures d'audit au lieu de deux. Elle demande trois fois plus de documents qu'avant.

Sophie a passé trois jours entiers à préparer. Vingt-deux heures. À 60 euros de l'heure valorisé, ça fait 1 320 euros de temps.

Plus l'audit lui-même : 1 200 euros. Plus l'accompagnement qu'elle a dû prendre : 2 500 euros. Plus le logiciel de traçabilité : 1 500 euros par an.

Total : 6 520 euros.

Il y a deux ans, Qualiopi lui coûtait 4 300 euros.

L'augmentation : 63%.

Elle fait le calcul : pour un CA de 51 000 euros, Qualiopi lui coûte presque 12% de son chiffre d'affaires.

Douze pour cent. Juste pour avoir le droit de travailler.

Elle se demande combien de temps elle pourra tenir ce rythme.

Octobre : la première joie de l'année

L'email qui fait du bien

1er octobre. Sophie reçoit une notification du FIF-PL.

Les plafonds augmentent. De 300 euros à 350 euros par jour.

Elle sourit. Enfin une bonne nouvelle.

L'effet papillon

Sophie avait programmé une formation « Prise en charge lombalgies » fin septembre. Six inscrits.

Elle décide de l'annuler et de la reprogrammer en novembre.

Pourquoi ?

Parce qu'avec la revalorisation, le reste à charge pour ses stagiaires passe de 300 euros à 600 euros.

Résultat : 13 inscrits au lieu de 6.

Une seule décision. Le bon timing. Et elle double ses inscriptions.

En euros : 7 200 euros de CA qui deviennent 15 600 euros.

+8 400 euros grâce à un report de six semaines.

Sophie comprend que dans ce métier, le timing compte autant que la pédagogie.

Novembre : le soulagement

3 novembre, enfin

Sophie lit l'annonce : la réforme TVA est définitivement abandonnée.

Les seuils restent à 37 500 euros.

Elle pleure de soulagement.

Neuf mois. Neuf mois à ne pas savoir. Neuf mois à ne pas pouvoir s'engager. Neuf mois de stress.

Elle fait le compte :

Pour revenir exactement au point de départ.

Décembre : l'investissement qui change tout

10 décembre : l'annonce qui change tout

Sophie lit : « Les e-learnings ne seront plus indemnisés en 2026. »

Elle a deux e-learnings au catalogue. Ils représentent 18 000 euros de CA.

Si elle ne fait rien, elle va perdre au moins 30% de ces inscriptions. Soit 5 400 euros.

Le choix n'est pas un choix.

Elle doit pivoter. Transformer ses e-learnings en classes virtuelles.

Le budget :

Elle regarde sa trésorerie : 9 000 euros disponibles.

Elle va devoir investir 5 800 euros d'un coup.

Soit 64% de sa trésorerie.

Elle hésite toute une journée. Puis elle valide.

Parce qu'elle n'a pas le choix. C'est investir ou mourir.

Elle commande le matériel. Elle s'inscrit à la formation.

Rendez-vous en janvier pour apprendre son nouveau métier.

Le vrai coût de 2025

Quand Sophie fait ses comptes

Fin décembre, Sophie ouvre son fichier Excel. Elle compte tout.

Chiffre d'affaires : 63 000 euros. Pas mal. +10% par rapport à 2024.

Elle se dit qu'elle a bien travaillé.

Puis elle regarde la ligne « Charges ».

32 000 euros.

Elle compare avec 2024 : 24 000 euros.

Hausse de 33%.

Son résultat avant impôt : 31 000 euros. En 2024, c'était 33 000 euros.

Attendez. Son CA monte de 10%, mais son résultat baisse de 6% ?

Elle vérifie. Revérifie.

C'est ça. L'effet ciseau.

Les charges courent plus vite que le chiffre d'affaires.

La ligne qui tue

Sophie regarde le détail.

Qualiopi : 6 800 euros en 2025 vs 4 000 euros en 2023.

+70% en deux ans.

Elle fait le ratio : 6 800 euros = 63 000 euros x 11% de son CA qui part juste dans la conformité administrative.

Elle se souvient qu'en 2023, avant Qualiopi, elle n'avait pas cette charge.

11% de son CA. Pour avoir le droit de travailler.

Elle soupire.

La marge qui fond

Sophie calcule sa marge nette.

2023 : 60% — 2024 : 55% — 2025 : 49%

En deux ans, elle a perdu 11 points de marge.

Si ça continue comme ça, dans cinq ans elle est à 25%. Et à 25% de marge, elle ne pourra plus vivre de son métier.

Elle doit réagir. Vite.

Ce que Sophie a décidé pour 2026

Décision 1 : augmenter ses tarifs (encore)

En 2024, elle facturait 650 euros la journée. En 2025, 720 euros (+10%). En 2026, elle va passer à 800 euros (+11%).

Elle sait qu'elle va perdre quelques clients. Mais elle ne peut pas faire autrement.

À 720 euros, elle ne couvre plus ses charges correctement.

Décision 2 : automatiser ce qui peut l'être

Sophie va investir dans un vrai logiciel de gestion. 1 200 euros par an.

Cher ? Oui.

Mais ça lui fera gagner 3 heures par semaine en administratif. Soit 130 heures par an.

150 heures qu'elle pourra vendre.

À 80 euros de l'heure, ça fait 12 000 euros de CA supplémentaire potentiel.

ROI du logiciel : 1 000%.

Décision 3 : se faire accompagner

Elle va rejoindre un réseau de formateurs. Cotisation : 500 euros par an.

Pourquoi payer pour ça ?

Parce qu'en 2025, elle a perdu 15 000 euros de contrat par manque de réseau et d'informations.

500 euros pour éviter de reperdre 15 000 euros, c'est une évidence.

Les chiffres essentiels à retenir

Si vous ne deviez retenir que trois chiffres de 2025, ce serait ceux-là :

+55% : Qualiopi

C'est l'augmentation moyenne du coût de Qualiopi entre 2023 et 2025.

De 4 200 euros à 6 500 euros pour une micro-structure.

C'est la charge qui explose le plus.

37 500 euros : TVA stable

Après neuf mois de suspens, le seuil reste inchangé.

Mais cette incertitude a coûté entre 1 000 euros et 8 000 euros selon votre réaction.

+25% : FIF-PL

La revalorisation d'octobre a permis d'augmenter les inscriptions de 50% sur certaines formations.

C'est la seule vraie bonne nouvelle financière de l'année.

Ce que 2025 nous dit pour 2026

La réalité du métier a changé

Être formateur en 2025, ce n'est plus être un expert passionné qui transmet.

C'est être un entrepreneur qui doit piloter sa trésorerie au quotidien.

Les formateurs qui s'en sortent ne sont pas forcément les meilleurs pédagogues.

Ce sont ceux qui maîtrisent leurs chiffres.

L'équation impossible

Charges qui montent de 14%. CA qui monte de 10%.

Résultat : La marge qui fond.

Pour survivre en 2025, il faut :

Il n'y a pas de solution magique.

Trois questions à vous poser ce soir

1. Ma marge nette est-elle au-dessus de 50% ?

Si non, vous êtes en danger. Dans deux ans, vous ne vivrez plus de votre activité.

2. Ma trésorerie couvre-t-elle 3 mois de charges ?

Si non, au premier coup dur (impayé, maladie), vous êtes à découvert.

3. Suis-je prêt à transformer mes e-learnings en classes virtuelles ?

Si non, vous allez perdre une partie importante de votre CA DPC en 2026.

Le mot de Sophie pour 2026

« J'ai failli arrêter cette année. En février, avec la TVA, j'ai vraiment failli tout lâcher.

Puis j'ai tenu. J'ai surfé sur neuf mois d'incertitude. J'ai payé Qualiopi, même si ça fait mal. J'ai investi dans la classe virtuelle, même si ça vide ma trésorerie.

En 2026, je vais augmenter mes tarifs. Je vais perdre quelques clients. Mais je vais en gagner d'autres.

Parce que j'aime ce métier. Parce que transmettre a du sens.

Mais je ne me fais plus d'illusions : le métier, maintenant, c'est 30% de pédagogie et 70% d'entrepreneuriat.

Et en 2026, je serai meilleure entrepreneure. Ou je changerai de métier. »

Et vous, vous en êtes où ?

2025 vous a coûté combien ?

En euros. En stress. En nuits blanches.

Vous avez tenu ? Vous avez failli craquer ? Vous avez prospéré malgré tout ?

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