Par MonRFS – le réseau qui partage, réfléchit, et rend l’invisible un peu plus clair
🧠 Résumé en 30 secondes :
le collagène ne “répare” pas l’arthrose et ne “change” pas une radio.
Mais les meilleures synthèses récentes suggèrent un effet modeste mais réel sur la douleur et la fonction (surtout genou) — et encore plus si on continue à bouger.
Promesse : trier le vrai du marketing, remettre de l’échelle, et te donner une réponse utilisable en cabinet… et à table avec tes parents.
À retenir
- Collagène hydrolysé = celui étudié (peptides absorbables).
- Douleur / fonction : amélioration possible, effet souvent modeste.
- Cartilage neuf / arthrose guérie : non, ce n’est pas ce que montrent les essais.
- Mouvement + collagène > collagène seul : l’adjuvant a du sens… si la charge est bien dosée.
Le message Facebook… et le moment où “je ne sais pas” ne suffit plus
Hier matin, ma mère m’a envoyé un lien Facebook : un témoignage. Une histoire de douleurs qui diminuent, de mobilité retrouvée, et de “collagène qui change la vie”.
Ce genre de message, je le reçois toutes les semaines. De patients. De proches. De collègues parfois.
En général, ma réponse est prudente :
« Il y a des choses intéressantes, mais je n’ai pas d’avis tranché. »
Sauf que là, ce n’était pas un patient. C’était ma mère.
Et quand ce sont nos parents, dire “je ne sais pas” ne suffit plus toujours. Alors j’ai vérifié.
Témoignages, marketing santé… et une part de vérité
L’article qu’elle m’envoie est construit comme beaucoup d’autres aujourd’hui : un récit personnel sincère, appuyé sur des chiffres frappants, des références scientifiques citées rapidement, et une promesse implicite : “ça marche”.
Mon premier réflexe a été celui de nombreux soignants : la méfiance. Les compléments “miracles”, on connaît. Les seniors comme cible marketing aussi.
Mais en vérifiant les sources, je n’ai pas trouvé du faux.
J’ai trouvé du vrai… arrangé : chiffres enjolivés, contextes simplifiés, résultats présentés comme des certitudes là où la science parle surtout de tendances et d’effets modestes.
Arthrose, douleur, imagerie : ce que l’on confond souvent
Une confusion est très fréquente : arthrose = douleur.
Or, en clinique, on sait bien que :
- certaines articulations très arthrosiques sont peu douloureuses,
- tandis que d’autres, peu marquées à l’imagerie, peuvent être très invalidantes.
La douleur articulaire n’est pas uniquement une histoire de cartilage “usé”. Elle dépend aussi de :
- l’inflammation locale (tissus synoviaux),
- les structures nerveuses et la sensibilité,
- la tolérance mécanique au mouvement (charge / récupération),
- le contexte global (sommeil, stress, terrain).
Question utile : Est-ce qu’on veut une “radio plus belle”… ou un genou plus fonctionnel ? Parce que le collagène, s’il agit, agit plutôt sur le fonctionnel.
Ce que montrent réellement les études récentes
Arthrose et collagène : pas de réparation, mais un effet fonctionnel
Les méta-analyses récentes ne montrent pas que le collagène oral répare l’arthrose ou restaure un cartilage “neuf”. En revanche, elles montrent de façon assez robuste une amélioration de la douleur et de la fonction chez des patients souffrant principalement d’arthrose du genou (1).
Dans ces études, les critères principaux évalués sont :
- la douleur (EVA),
- la fonction articulaire,
- la capacité à bouger au quotidien (WOMAC).
Traduction : le collagène n’agit pas sur la “cause anatomique”, mais sur les conséquences (symptômes, fonction).
Pourquoi cela peut soulager sans “changer la radio”
Les peptides issus du collagène hydrolysé, une fois absorbés, agissent comme des signaux biologiques (2) capables de :
- stimuler l’activité des chondrocytes,
- soutenir la synthèse du collagène de type II et de l’acide hyaluronique,
- moduler certaines voies inflammatoires,
- inhiber partiellement des enzymes impliquées dans la dégradation du cartilage.
Ces effets expliquent pourquoi certains patients ressentent moins de douleur et bougent mieux sans modification visible majeure à l’imagerie.
Effets permissifs, pas reconstructifs.
Muscle, tendon et vieillissement : un intérêt surtout avec le mouvement
Les données sont plus convaincantes lorsqu’on associe le collagène à l’activité physique.
Une méta-analyse récente chez l’adulte et le senior suggère que les peptides de collagène combinés à un entraînement régulier (3) permettent :
- de modestes gains de force,
- une amélioration de la masse maigre,
- une meilleure adaptation tendineuse,
- et une récupération fonctionnelle améliorée.
Message clinique : pris seul, le collagène a rarement un effet spectaculaire. Associé au mouvement, il devient un adjuvant intéressant, notamment chez les sujets âgés.
Collagène ≠ collagène : la précision indispensable
Dans les études disponibles, les effets observés concernent principalement le collagène hydrolysé, c’est-à-dire des peptides spécifiquement absorbables.
- Pas le collagène “brut”.
- L’hydrolyse conditionne l’absorption intestinale.
- Et la présence de peptides bioactifs circulants.
✅ Réflexe simple : si tu compares à la littérature, compare des produits “hydrolysés / peptides”.

Le terrain : le collagène ne “corrige” pas la charge, la récup… ni le RED-S
Un point souvent invisible dans les discussions : chez certains, le problème n’est pas “un manque de collagène”.
Le problème, c’est :
- trop de charge / pas assez de récupération,
- sédentarité + pics d’effort,
- sommeil insuffisant,
- apports protéiques bas,
- et parfois une vraie baisse de disponibilité énergétique.
Clin d’œil important : le RED-S (Relative Energy Deficiency in Sport) rappelle qu’un corps en déficit énergétique arbitre : réparation, tendon, os… et parfois même cheveux/peau/fatigue.
Autrement dit : un complément ne compense pas un terrain “à découvert”.
Pour approfondir le “terrain” à la sauce MonRFS :
- Cadmium : ce qu’on ne voit pas, mais qui compte : Cadmium : alimentation, engrais, phosphates
- Cheveu : signal faible, impact réel : Le cheveu : baromètre silencieux de notre santé intérieure
- Les RED-S et la performance sportive : Cycle menstruel, sommeil, nutrition : optimiser la rééducation chez la sportive
Ce que je dirais aujourd’hui à mes patients… et à ma mère
❌ le collagène ne guérit pas l’arthrose,
❌ il ne reconstruit pas une articulation,
✅ il peut réduire la douleur et améliorer la fonction chez certains profils,
✅ les doses efficaces se situent souvent autour de 3 à 10 g/jour sur plusieurs semaines,
✅ l’effet est nettement meilleur lorsqu’on continue à bouger (force + endurance + progression).
Conclusion honnête : ce n’est pas un miracle. Mais ce n’est pas du vent non plus.
En filigrane : notre responsabilité collective
Dans un monde saturé de messages santé, notre rôle n’est ni de dire “c’est magique” ni de balayer d’un “c’est n’importe quoi”.
Notre rôle est de trier, contextualiser, remettre de l’échelle. Et parfois de prendre ce temps supplémentaire… parce que la question vient de nos parents.
Qui n’est curieux ?
👉 Et vous ? Qu’avez-vous déjà pris le temps de vérifier… parce que cela concernait quelqu’un de proche ?
Je sais que certains @bastien et chez MÉDIPRIX (Pharmaciens engagés), travaillent sur ces sujets… curieux d’avoir votre regard ?
FAQ — Les questions qui reviennent en cabinet
1) Quel type de collagène est le plus documenté ?
Principalement le collagène hydrolysé (peptides), car c’est celui utilisé dans la majorité des essais montrant des effets sur douleur/fonction.
2) Combien de temps avant de juger ?
Plutôt en semaines, pas en jours : souvent 6–12 semaines dans les essais. L’important est de rester réaliste sur l’ampleur de l’effet.
3) Est-ce que ça “répare” le cartilage ?
Les données cliniques soutiennent surtout un effet symptomatique (douleur, fonction). Parler de “cartilage neuf” est une extrapolation marketing.
4) Pourquoi certains ressentent beaucoup et d’autres rien ?
Parce que la douleur et la fonction dépendent du terrain (charge, récup, sommeil, inflammation, activité). Un complément ne compense pas un contexte défavorable.
Références (pour aller plus loin)
- Méta-analyse — Simental-Mendía, M., et al. (2025). Effect of collagen supplementation on knee osteoarthritis: an updated systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Clinical and Experimental Rheumatology, 43(1), 126–134. https://doi.org/10.55563/clinexprheumatol/kflfr5 — 11 essais contrôlés randomisés (~870 patients) : réduction significative de la douleur et amélioration fonctionnelle (WOMAC) chez les patients avec arthrose du genou.
- Revue mécanistique — Park, S.-Y., et al. (2025). Efficacy and safety of low-molecular-weight collagen peptides in knee osteoarthritis: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Frontiers in Nutrition, 12, 1644899. https://doi.org/10.3389/fnut.2025.1644899 — peptides de collagène hydrolysé : stimulation des chondrocytes, réduction de l’inflammation, inhibition des MMP, et soutien du métabolisme du cartilage (mécanismes précliniques et cliniques).
- Méta-analyse — Bischof, K., Moitzi, A., & König, D. (2024). Impact of collagen peptide supplementation in combination with long-term physical training on strength, musculotendinous remodeling, functional recovery, and body composition in healthy adults: A systematic review with meta-analysis. Sports Medicine, 54(11), 2865–2888. https://doi.org/10.1007/s40279-024-02079-0 — peptides de collagène + entraînement : effets modestes mais significatifs sur la force, la masse maigre, les tendons et la récupération.
MonRFS – le réseau qui partage, réfléchit, et remet du discernement dans la santé.




